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20 years of archives

Jessica Macor

Les festivals sont des évènements culturels qui reposent sur un système de visibilité particulier : ils existent dans leur dimension publique lors d’un laps de temps restreint, celui durant lequel on présente le résultat d’un travail mené dans l’ombre pendant plusieurs mois de préparation. À l’occasion du 20e anniversaire du Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris, nous avons décidé de rendre visible le processus grâce auquel notre manifestation voit le jour chaque année à travers une exposition de nos archives.

  Il s’agit d’une démarche particulière : tout d’abord car notre domaine d’opération est celui de l’image en mouvement, alors qu’ici il est principalement question de documents imprimés ; mais également parce que par le biais du matériel qui est rendu accessible lors de cette exposition nous souhaitons à la fois réfléchir sur notre propre histoire et la partager avec le public. Loin d’une volonté narcissique d’autocélébration de notre passé, cette initiative s’inscrit dans une perspective qui ouvre les possibilités d’analyse des méthodes de travail dans une structure telle que le Collectif Jeune Cinéma, où le mot « collectif » est crucial pour la compréhension de son fonctionnement et cela sous différents aspects. Car en effet, s’intéresser aux documents de travail, en opposition aux objets filmiques finis et autonomes, permet de mettre en lumière les processus collectifs de production d’une manifestation culturelle.
  Par ailleurs, il est important de rappeler qu’en tant qu’organisatrice de cette exposition et membre de l’équipe du FCDEP depuis peu de temps, je porte un regard encore frais sur les archives en question, connaissant l’histoire de ce rendez-vous annuel seulement par voie orale. En me confrontant à ce matériau pour la première fois, je souhaite donc que pour les uns, notamment les coopérateurs de longue date, le document écrit et graphique puisse fonctionner comme activateur de la mémoire, et que pour les autres, les nouveaux spectateurs, ces documents soient producteurs de savoirs, dans une découverte de ce qui advient « derrière les coulisses », afin de montrer de quoi est fait notre festival lorsqu’on ne le voit pas.
  Dans ce sens, à côté des supports de communication, tels que les anciens programmes, affiches, catalogues et bandes annonces réalisées par les coopérateurs eux-mêmes, une place centrale est occupée par les correspondances avec les cinéastes, les fiches d’inscriptions des films, les documents de travail ou encore les gazettes du festival. À travers cette sélection de pièces d’archives, dont une partie est réimprimée pour l’occasion et disponible à la consultation physique sur place, il s’agit donc de questionner ce qui a évolué et changé dans le festival lors de ces vingt éditions : des cartes blanches aux artistes ou aux coopératives de
distribution jusqu’à l’introduction d’une compétition internationale, les différents lieux qui ont été investis au fil des années ou encore le nom de l’évènement ; mais aussi de transmettre la passion et l’esprit de partage qui constituent le noyau du festival et la raison qui lui permet d’exister, envers et contre tout, après autant d’années.