Atlas

Luis Ricardo Garcia Lara

Pays
Mexique,France
Année
2020
Format de projection
Numérique
Durée
22'40

Synopsis

Une civilisation craintive essaie de survivre dans l’univers violent qu’elle habite; puis, avec le temps, la peur disparaîtra.

Texte du comité de sélection

Dans cette reprise tout à fait personnelle du projet d’Atlas de l’historien de l’art Aby Warburg, le cinéaste Luis Ricardo Garcia Lara élabore un langage hybride, entre found footage, roman-photo, et déambulation muséale. Les sources picturales premières sont des œuvres diverses glanées dans des musées parisiens, mais elles n’apparaissent jamais telles quelles : le cinéaste les refilme, le plus souvent en les pré-découpant, en y effectuant un montage sur le vif du tournage par des cadrages serrés, et par une caméra tenue à la main. Plus tard, les images sont retravaillées numériquement, dans un montage au rythme particulièrement ténu, où l’on assiste à une profusion de représentations, à de violentes collisions entre les œuvres. Il faudrait aussi préciser le grand travail de la bande son, qui mélange une partition musicale très précise, à une voix off nous contant un récit cosmogonique. Cette voix, à la fois proche et lointaine, parcourt un texte lu dans une langue inventée, laquelle est – travail difficile – rendue extrêmement crédible par la prosodie de l’acteur-ice, dont le timbre échappe à tout genre.

– T.D.

FCDEP

Pourvez-vous revenir sur la genèse de Atlas ?

Luis Ricardo Garcia Lara

En visitant des musées et des expositions à Paris j’ai commencé à m’intéresser sur la question de la relation de l’oeuvre à l’endroit où celle-ci était exposée, c’est à dire, la plupart du temps dans les musées. Parfois on peut trouver un objet qui est exposé au Jeu de paume, puis au Quais Branly, on peut sauter d’un musée d’art contemporain à un autre qui est de science ou anthropologie. En gros, ce qui m’intéresse est de voir comment on catégorise un objet selon là où on le place. Les musées construisent, à partir de différentes thématiques, différentes formes narratives. On regroupe une série d’oeuvres et à partir d’un sujet créé, l’oeuvre va prendre une valeur différente. J’ai voulu donc jouer avec ça, dans la construction d’une fiction à partir des différentes oeuvres d’une trentaine de musées à Paris. D’une certaine manière, peut être plus prétentieuse, snob, j’ai voulu désacraliser, sortir du musée certaines œuvres pour les transformer en quelque chose d’aujourd’hui, leur rendre leur pouvoir originel. Je trouve un peu fermé, restreint, vieux même, l’idée d’enfermer un tableaux de Delacroix ou de Picasso dans un musée. Toute leur liberté ou particularité est enfermée dans un musée rempli de touristes pour lesquels le passage et la visite au musée est une obligation comme aller à Montmartre ou se promener sur les champs Elysées. Donc j’ai voulu leur rendre leur pouvoir en les sortant de là, et les incruster dans le rythme d’aujourd’hui,  dans une recherche esthétique et artistique plus libre que l’espace où ils sont confinés. Un peu comme ce que fait le cinéaste autrichien Peter Tscherkassky avec des vieux films.

FCDEP

Un grand nombre d’images figurent dans votre film. Quel a été votre processus de création ?

Luis Ricardo Garcia Lara

J’avais à la base une nouvelle que j’avais écrit il y a quelque temps et qui avait un rapport très fort avec le film que je tournais au même moment de la conception d’Atlas. Parce qu’il faut dire qu’Atlas fait partie d’un diptyque qui s’appelle Le Diptyque de la Re-signation. Alors j’ai pris cette nouvelle et je l’ai découpé en plusieurs parties. Dans chacune de ces parties il y avait une dizaine de mots, des concepts qui résumaient cette partie là. J’ai regardé donc tous ces mots, tous ces concepts, et j’ai recherché dans quels musées de Paris je pouvait trouver des oeuvres qui pourraient représenter ces concepts, ces mots. J’ai choisi donc une trentaine de musées, puis je les ai visité. J’avais avec moi deux vieux iPhones et plusieurs applications dans les téléphones portables pour jouer avec les textures et les couleurs. J’avais aussi trois objectif pour les téléphones qui m’ont aidé à filmer des oeuvres qui étaient disposés parfois d’une manière compliqué dans les espaces des musées. Parfois je sortais avec une centaine vidéos de quelques secondes d’une musée, parfois uniquement avec une dizaine de vidéos. Puis, il y a eu un gros travail de dérushage pour sélectionner les images qu’on allait utiliser pour chaque partie du film et qui devaient s’accorder avec la voix off qui était dessus.

FCDEP

Combien de temps a pris l’élaboration de votre film ?

Luis Ricardo Garcia Lara

C’est compliqué à savoir parce que entre la réécriture de la nouvelle et la post production je tournais aussi l’autre partie du diptyque, je travaillais pour gagner de l’argent, donc je ne sais pas. Mais je suppose qu’on a fait ça en 1 an ou 1 ans et demi.

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