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Les lignes du fleuve / Abstraction = langage / Un fil d'or

par Hugo Verlinde

Les lignes du fleuve

La pente naturelle de l’artiste consiste à ne comprendre le monde qu’à partir de soi et à s’imaginer en permanence au centre de tout. En prenant un peu d’altitude, certaines préoccupations apparaissent pourtant bien dérisoires. Celles par exemple de réussir à faire reconnaître ses travaux, sa démarche, sa propre vision des choses… celle de réussir sa vie en tant qu’artiste. Avec un soupçon de recul, on s’aperçoit bien vite que notre parcours artistique ne trouve de sens qu’au regard des lignes du fleuve qui se dessinent autour de nous. Le véritable enjeu, c’est de chercher à embrasser ce fleuve du regard en se perdant soi- même un peu de vue. Comprendre le sens de l’histoire qui est en cours et tenter d’être un élément actif et constructif au sein de cette histoire. Ce fleuve que j’évoque est celui des arts plastiques : avant-hier peinture et sculpture, hier cinéma et vidéo, aujourd’hui art numérique. Par-delà les frontières que l’on dresse artificiellement entre les arts, l’idéal que j’aperçois consiste à articuler le meilleur de l’avant-garde historique avec celle de l’art numérique.

ABSTRACTION = LANGAGE

Loin d’un travail concret, empirique, basé sur le geste, l’intervention sur pellicule ou l’« action painting », le travail sur l’abstraction qui m’attire le plus est inséparable de la notion de langage. Certains artistes ayant foi en une pratique basée sur l’autonomie de la forme et de la couleur ont tenté de définir un vocabulaire formel adéquat et de bâtir une expression sensible à partir de la maîtrise d’un tel langage. Je pense en premier lieu aux travaux et aux écrits de peintres théoriciens tels que Wassily Kandinsky, Paul Klee, Kasimir Malevitch et Frantisek Kupka. Des premières expériences picturales aux premiers films abstraits réalisés entièrement par ordinateur, le langage évolue, se modifie dans sa nature. On le voit partir d’un vocabulaire de couleurs pures et de formes géométriques qui paraissent bien rudimentaires pour muter en un vocabulaire reposant sur des algorithmes et des opérations mathématiques particulièrement complexes. Pourtant quelle que soit la nature du langage utilisé, la démarche présente dans ces oeuvres reste toujours identique. Il s’agit d’être conscient des ressources du langage que l’on adopte. Puis, par la compréhension des combinaisons infinies qu’offre ce langage, déployer dans l’espace des compositions maîtrisées de formes et de couleurs. In fine, partir d’une dimension purement sensible et ouvrir l’esprit à des réalités d’ordre intérieur. Cette abstraction- là veut réconcilier la terre avec le ciel.

UN FIL D’OR

Un fil d’or étincelant court dans l’histoire des arts plastiques et s’enroule en spirale de médium en médium. Les recherches des cinéastes plasticiens visant à découvrir les potentialités du cinéma se situent historiquement et formellement entre celles des peintres et celles plus actuelles des artistes numériques. Les liens de parenté qui existent entre ces pratiques sont nombreux. Il importe de les nommer et de travailler activement au décloisonnement de ces pratiques.

- Hugo Verlinde