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Lingualité

par Hypolitte Oreille

« Le pain anthropoïde est un abdomen, la pâte est humide, elle sent le sperme, la croûte, un idôle sculpté par l’homme, le sel est un volume une régulation affective, la farine blanche noire est âminale, l’eau et le feu, la vapeur et le chant de la scarification, la griffe du patron, l’oreille, la bouche, la gueule, le sphynx. Est ce le bois ou le pain qui craque ? Le pain cuit c’est comme le corps d’un père cramé, il reste toujours mouillé de l’intérieur. Mie de l’égarement, elle fait entrer le faux dans le vrai, introduit les limites. Ma bite est sèche tu vois mais à l’intérieur il y a un genre de sperme liquide. » Retour, séquence 26

pas pieds, chaud pain, passe port - qu’est ce qu’il me reste? Marseille Alger à vingt minutes à son, image désert, remplissage d’un hors-écoumène, compression de pixels-rhombes, dans la machine noire de capture - eye faune - ne dépassant pas une main, et là le son à prendre, dilate les angles par la langue. Le tître du film c’est FRENCH KISS : boire du vin, manger du fromage, fumer des cigarettes et rouler des pelles. Une table ça sert pour poser un film, avec les mains, la bouche et sa langue… Video - structure brisée dans le procès - audio, il faut tout reprendre à zéro, creuser des blanc sans trouer l’écran ; eau farine levure sel feu… Alger Marseille Sils-Maria Bruxelles - 1 heure 34 : l’efformat ou le carnet d’un boulanger algérois, un dernier essai expérimental audio video performance - plus loin - cinéma famille : Maglioni, Belay, Chevalier, Kretzschmar, Gerber, Thomson, Sorrentino - cinéma musique : Wagner, el Anka, Aziz, Paniko, Khan, Elgar, Wissem, Wolfe, Fahey, Grimm et Beethoven - cinéma cinéma : Kazan et Godard - cinéma production, citations, remerciements, etc… Composer « la terre la mer la porte l’histoire le cinéma » et 3 mois plus tard une belle histoire d’amour sex-angul-aire.

Lecture des textes, réception des sons, translittération français-arabe, décodage des images, prototype d’un transporteur utopique de pains entre Alger et Marseille, une composition, une direction, tout y est comme écrit dans le scénario.

« T’as du nouveau, trouvé un mur, témoin, et trouvé l’arrivée du pont, tu l’appelles le transporteur, la zone est inondable faut faire gaffe, passerelle et tralala, une zone de survie avec des tentes. En tout cas c’est, c’est dans le quartier populaire, faudrait que les gens qui arrivent par bagnoles, ils la laissent quelque part, que cette entrée là. La Porte de la Porte elle est uniquement piétonne et portable… ou la Porte du pain si on imagine que le pain ça se porte, bon ça c’est encore à voir, y’a pas l’feu…» Chambre n°128, séquence 2

Parmi cinquante et une séquences écrites à Alger du 11 au 29 octobre 2009, certaines n’y figurent plus, notamment des études panologiques tirées du quotidien El Watan et les séquences de bou- langerie de la Casbah. Je pense comme un pain en lève sa croûte. Hexagone aux angles modelés, succombant à l’humide. Je touche son nerf lingual, là, où je suis et là, où je suis allé, et là, connaît-on exactement la situation, qu’est qu’on va faire et à quoi ça sert - ça ne m’est pas égal dit-elle - ça n’est pas égal. Ici la situation est odieuse. Là-bas, nous ne la connaissons pas exactement mais je ne m’efforcerai pas au spectacle de la reproduction d’un fantasme, d’une jouissance car en bas sur terre à côté de nous c’est au moins aussi beau dit-il une nuit à Bruxelles, alors. L’amorce débute à sa fin. Plus loin – synchronisme. Mais un angle, une prise, une vue - l’isolement des signes - à quoi ça peut servir ? Je travaille ma composition comme un entrelacement de visions, l’arrangement c’est l’histoire, la fiction c’est le cinéma, le cinéma c’est, sait, ça sert et encore ça dit :

« Alger occident. Tu t’arraches une dent. Te reste un larynx. L’enfant de trois ans et demi ne finit pas son croissant, sa grand-mère lui dit qu’il ira en enfer si il ne finit pas son croissant, l’enfant lui demande si l’enfer est le four de sa maman. Ce qu’il ne sait pas encore c’est que le croissant sort du four. Lors d’un déblocage de rues après la prière du vendredi 16 octobre, il s’agit de combattre le feu avec de l’eau. Symptôme de l’Algérie 1 + 1 = 3. C’est bien l’histoire d’une séparation libre C’est bien une. Une contradiction. El Anka c’est un grand nageur un maître nageur. Le Maître des nageurs. L’ouverture à Tannhaüser avec El Anka. Décalé d’1 minute 56, à fond dans la pièce !…» Marseille occident, séquence 18

A quoi ça sert d’aller tuer des gens si tu ne sais pas ce que tu feras après, ça sert à ça l’amorce d’un film c’est vrai et pourquoi ont-ils eu « cette idée magnifique de recouvrir une stelle dédiée aux combattants de l’Afrique, je veux dire Alger est tout proche…

Je pense aussi il y a eu une bombe qui était posée pas loin près du gouvernement donc il y a certainement des secousses qui ont fait qu’elle bouge…» Arezki – Acte 1, séquence 34

Au bord de l’hésitation, je m’apprête à superposer Alger sur Marseille sur les Grisons sur Bruxelles, à vol d’oiseau, l’insaisissable, horizon vertical - langues, cordes, cables, lignes électriques, téléphérique, trains, bateau, morse, mèche, amorce - dans ce lent écoulement magnétique il n’est plus question de mécanique ou de mouvement, le son fin dit-elle… Aurais-je dit.

Réaliser ce film pour moi c’était comme jouer une basse acoustique à 4 cordes de même tirant et accordée de manière identique (E/E/E/E) - le désaccordage de chacune, se produisant tout naturellement, dans le relâchement du temps, du jeu et de l’argent, en procédant avec toute l’accumulation du passé. Espace intercalaire, laissant des blancs, j’ois.

«… Extra terrestre dans une ville extra merrestre, tu te laisses guidé par attirance, je ne peux te donner plus d’image, tout ça, mon travail me l’empêche - obscénité - mais je pense que tu me comprends, enfin peut-être. Toutes les voix possibles!…Tout se passe à l’intérieur, ici c’est l’afrique, le bruit n’existe pas, tout chante… Mon histoire avec Alger est profondément humaine pour l’instant, et vulgairement et accessoirement fétichiste d’où le manque d’image…» l’italique arabique, séquence 31

Une image, les Grisons en diagonal. Dans montagne il y a montage, reste le n pour la lettre noun. Et à Sils-Maria en Haute-Engadine, entre la maison du grand N, celle de ma tante préférée D et d’un petit bras de i, se dirigeant côté E via D dans la mer Noire, de J au N/E via R dans la mer du Nord et de M, au S/O s’unissant avec P qui se jette dans le lac de C, pour terminer sa route dans l’Adriatique, se trouve la colonne météorologique modèle III de L datant de 1910. Le montage d’un pont.
 

Marseille 19 janvier 2010, nicolas gerber