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Zoopraxographer

Focus #1

mer. 4 octobre 201704.10.17
20H00—22H00
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
Tarif
plein : 6 €
réduit : 4 €
Gratuit pour les détenteurs du Laissez-passer Centre Pompidou

Programmé et présenté par le service de collection des films du Centre Pompidou

Réalisé en 1975, Eadweard Muybridge, Zoopraxographer rend hommage à lʼun des pionniers de la photographie, Eadweard Muybridge (1830-1904). Véritable essai documentaire, ce film de Thom Andersen apporte un regard attentif et instruit sur les expérimentations du britannique renommé pour ses études photographiques du mouvement. Rephotographiées et commentées par le cinéaste, les prises de vues de Muybridge finissent par sʼanimer à lʼécran pour mieux souligner leur place déterminante dans lʼhistoire des images en mouvement.

Séance en présence du réalisateur.

Eadweard Muybridge, Zoopraxographer
Thom Andersen

États-Unis
1975
16 mm numérisé
60'

Bien que l’interprétation la plus large ait été donnée dans l’étude du mot locomotion, il n’est pas acquis qu’une réponse à toutes les questions possibles dans ce sujet inépuisable se retrouvera dans ce travail.

(Eadweard Muybridge, brochure pour Animal Locomotion, 1897)

En juillet 2017, les études du mouvement photographiées par Eadweard Muybridge se trouvent au centre des attentions d’une équipe de généticiens américains de l’université de Harvard1 sous la direction de Seth Shipman, une séquence animée de cinq images d’un cheval au galop est enregistrée dans l’ADN d’une bactérie. Au-delà de la découverte scientifique majeure, à même de révolutionner l’archivage de données (films y compris), la décision de sélectionner une série de photographies réalisées à la fin du XIXe siècle dans le cadre du projet Human and Animal Locomotion est symptomatique de la place significative qu’occupent, dans l’inconscient collectif, les recherches et les réalisations de ce pionner de la photographie, inventeur de la zoopraxographie et précurseur dans l’invention du cinéma.
Long-métrage documentaire réalisé avec la complicité de Fay Andersen et de Morgan Fisher, Eadweard Muybridge, Zoopraxographer préfigure le souci que Thom Andersen portera tout au long de sa carrière de cinéaste à l’égard de l’archéologie du cinéma et constitue, pour reprendre les termes du critique américain Jonathan Rosenbaum, « l’un des meilleurs essais filmés sur un sujet cinématographique2 ». Lorsqu’en 1975, Andersen, alors étudiant à UCLA (Los Angeles), réalise ce film de fin d’étude, les travaux du photographe anglo-américain suscitent déjà depuis quelques années l’intérêt de plusieurs cinéastes3 d’une avant-garde cinématographique américaine soucieuse d’interroger les composantes et l’histoire de son médium. « Muybridge, inventeur du cinéma photographique4 » annonce Hollis Frampton tout en rappelant les mots d’Étienne-Jules marey qui se déclara « en admiration totale devant les instantanés photographiques de Muybridge5 » à la découverte de quelques reproductions des expérimentations réalisées à Palo Alto. Lecture instruite et critique d’une œuvre et d’une vie qu’Eadweard Muybridge aura partagé entre art et science, le film de Thom Andersen réanime à l’écran les célèbres prises de vues du photographe afin d’en souligner l’importance dans l’histoire des images en mouvement.
Scindé en trois chapitres distincts (Prospectus, Catalogue et Analysis) cette exégèse de l’œuvre de Muybridge adopte un regard à la fois rétrospectif et subjectif. La vie du photographe, ses expériences et découvertes sont le cœur d’un récit commenté par l’acteur Dean Stockwell où s’entremêlent la biographie de l’artiste, l’histoire de la photographie et des sciences, la théorie du cinéma et les implications esthétiques et sociologiques de ses expérimentations photographiques. De sa naissance en Angleterre en 1830 à son arrivée à San Francisco en 1855 ; de ses premiers pas remarqués de photographe fasciné par les paysages du grand ouest américain aux premières expérimentations sur le mouvement conduites à Palo Alto en 1872 pour le compte du gouverneur de la Californie Leland Stanford ; du meurtre du major Harry Larkyns, amant de sa femme, qu’il assassina d’un coup de revolver en 1874 à ses reportages photographiques en Amérique Centrale (Panama, Guatemala et Mexique) ; du perfectionnement de son dispositif de prise de vue et sa série The Attitudes of Animal in Motion, entreprise en 1877 et publiée en 1881 à la concrétisation de ses recherches au sein de l’université de Pennsylvanie avec sa série photographique la plus célèbre, Animal Locomotion ; de la fin de sa carrière occupée par ses conférences illustrées à l’aide de son Zoopraxiscope à sa retraite dans sa ville natale et sa disparition en 1904 ; le film de Thom Andersen fait de l’exhaustivité biographique et de la multiplicité des approches analytiques les clés d’une interprétation renouvelée de l’œuvre de Muybridge.
Bien que l’invention du cinéma ait condamné le zoopraxiscope à l’obsolescence, Muybridge aura pourtant anticipé de plus d’une décennie, avec son dispositif de projection capable de produire l’illusion du mouvement à partir d’une série d’images fixes, le Kinetoscope de Thomas Edison. Ici sans doute, l’histoire technologique des images en mouvement fait défaut pour expliquer en quoi les expériences sur la décomposition du mouvement et du temps d’Eadweard Muybridge ont conservé tout leur pouvoir de fascination. C’est justement cette piste que Thom Andersen suit à travers son analyse des travaux du photographe en faisant la démonstration de la porosité persistante entre la science et l’art, entre l’inventeur et l’artiste. Étrange encyclopédie où science et poésie se côtoient, cette collection d’images de corps en mouvement photographiés dans le cadre vide et minimal d’une grille peinte sur un arrière-plan noir laisse transparaitre l’inquiétante beauté de figures anonymes figées dans leurs actions désuètes.


Jonathan Pouthier

1

Deborah Netburn, « Who needs film when you can store a movie in bacteria DNA ? », Los Angeles Times, 12 juillet 2017.
www.latimes.com/ science/sciencenow/ la-sci-sn-dna-movie- 20170712-story.html

2

Jonathan Rosenbaum, Eadweard Muybridge, Zoopraxographer, 25 décembre 1998.
www.jonathanrosenbaum. net/1998/12/ eadweard-muybridge- zoopraxographer-2/

3

Parmi les cinéastes d’avant-garde les plus engagés à l’égard des travaux d’Eadweard Muybridge, on retrouve Hollis Frampton qui publie son article « Eadweard Muybridge : Fragments of a Tesseract dans Artforum » en mars 1973, avant de réaliser sa série photographique Vegetebale Locomotion en 1975.

4

Hollis Frampton, « Eadweard Muybridge : Fragments of a Tesseract », Artforum, New York, mars 1973.

5

Hollis Frampton, « Eadweard Muybridge : Fragments of a Tesseract », Artforum, New York, mars 1973.