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Acheminements vers un cinéma hors-les-normes #3

Focus #7

jeu. 11 octobre 201811.10.18
20H00—22H00
5 rue des Ecoles
75005 Paris

Programmé et présenté par Florian Maricourt et Boris Monneau (Margins) et Théo Deliyannis (CJC)

À la recherche de films situés à la lisière du champ esthétique ou échappant aux normes du cinéma expérimental, cette séance pose la question de l’existence d’un cinéma « hors-les-normes », créé par des singuliers de l’art. Au menu du jour, des poèmes oniriques et des fables ubuesques témoignant d’un goût pour les matériaux pauvres et le recyclage des objets déchus.

Sans titre
Horst Ademeit

Allemagne
1979
Super 8 numérisé
3'

El slogan Épisodes 9, 21 et 25
Enrique Ley

Mexique
2013-2018
Numérique
6'

Turbulents Band
Alain Bourbonnais

France
1977
16 mm
19'

Dancing Rainbows
George Andrus

États-Unis
2003
Vidéo numérisée
5'

Oregon Art Beat : George Andrus (extrait)
Anonyme

États-Unis
2003
Numérique
3'

Good Times In Nature
Georges Andrus

États-Unis
2008
Vidéo numérisée
9'

Van_Volxem_67
Entreprise Louis le Déboucheur

Belgique
2016
Numérique
6'

Usage de l’objectif (fragile) de la caméra
Entreprise Louis le Déboucheur

Belgique
2015
Numérique
1'

Horst Ademeit a documenté compulsivement l’existence de « rayons froids » dans son environnement, compilant des milliers de photos Polaroïd, qu’il agrémente de détails manuscrits sur ses recherches quotidiennes. Le film projeté aujourd’hui – le seul qu’il ait jamais fait – montre un même goût pour les phénomènes inexpliqués. En refilmant un tirage du Loto, à la télévision, mais en le privant de tout élément contextuel, il prête, à ce défilement singulier de boules numérotées, le sens nouveau d’une cérémonie magique.

Enrique Ley est l’auteur d’une série d’animation pour le moins énigmatique postée sur sa chaîne Youtube. En 38 épisodes d’une à deux minutes, El Slogan nous avertit sur les dangers que court la société contem-poraine, en présentant le parcours d’un chef d’entreprise cynique vivant dans un univers dystopique, le tout étant construit dans la pâte à modeler.

Architecte de formation, Alain Bourbonnais a constitué une collection d’art populaire hors-les-normes dans la célèbre Fabuloserie. Également artiste, il a fabriqué des œuvres aussi singulières que ses trouvailles. Parmi elles, une quarantaine de sculptures automates habitables, créatures monstrueuses et féeriques inspirées des Carnavals : les Turbulents, qu’il met en scène dans ce petit conte filmé en 16 mm. Bourbonnais, campé en héros burlesque, s’y retrouve échoué sur une île peuplée de ces créatures bigarrées en proie à d’étranges rites.

Dans la dernière partie de sa vie, George Andrus (mort en 2015 à l’âge de 101 ans) a accumulé entre 200 et 400 heures de rushes de bulles de savon sur des cassettes vidéo, à l’aide d’un système qu’il a lui-même bricolé dans son garage. « Le savon fait mieux que nettoyer : il éblouit l’œil, stimule l’esprit et repose l’âme », explique-t-il. Comble du cinéma new age fabriqué à la maison, Dancing Rainbows est donc un soap film au premier degré (pied de nez involontaire au soap opera), un poème symphonique en hommage aux formes psychédéliques et couleurs chatoyantes des bulles de savon. Andrus croit y déceler des visages extraterrestres, formés par la rencontre d’ondulations sur un axe de symétrie central. Cinéaste, mais aussi inventeur, musicien et photographe, il ajoute aux images une musique de son cru, qu’il joue au synthétiseur. Dans Good Times in Nature, ses commentaires pleins d’humour ajoutent encore à son observation fort singulière de la nature, à la croisée du film scientifique, du documentaire animalier et du journal filmé.

Sur la chaîne Youtube de l’entreprise familiale Louis le Déboucheur, qui exerce à Bruxelles, on voit des dizaines de vidéos professionnelles liées à son activité : le débouchage de tuyauteries des particuliers. Courtes et informatives, elles sont destinées à rendre compte, dans un jargon de spécialiste, des opérations réalisées par les différents techniciens. Détournées de leur fonction première, cependant, et regardées comme des films à part entière, le sens des opérations techniques nous échappe, et les images apparaissent comme de formidables séquences abstraites, aux qualités plastiques insoupçonnées.

Ademeit, Ley, Bourbonnais, Andrus, Le(s) Déboucheur(s) incarnent autant de possibilités d’un artiste en écologiste tel que le décrit Gene Youngblood dans Expanded Cinema. Il y propose un acte de création situé à la lisière du champ esthétique, consistant moins en l’invention d’objets nouveaux qu’en « la révélation de relations restées jusque-là inaperçues entre les phénomènes existants, qu’ils soient physiques ou métaphysiques ». Cette séance montre justement des œuvres qui témoignent d’une volonté de décoder et d’organiser le monde selon des critères de classification révisés, faisant la part belle au mystérieux des matériaux et objets déchus.

 

- Florian Maricourt

Remerciements : Sophie Bourbonnais, Rob Tyler, The Museum of Everything, Lisa Arndt and Susanne Zander (Delmes & Zander)

Margins, association, groupe de réflexion, archivage et diffusion d’œuvres relevant de l’art brut, hors-les-normes et outsider dans les domaines du cinéma, de la  musique et de la photographie.