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Opus

Pauline Pastry

PF
Pays
France
Année
2020
Format de projection
Numérique
Durée
17’
Diffusé dans Compétition #1.

Synopsis

« Trois salariés d’une fonderie se retrouvent dans une carrière
abandonnée en Charente. Marqués par le travail, les ouvriers se
remémorent la suite des gestes qu’ils réalisent quotidiennement. »

Opus, c’est l’ouvrage, le travail et la tâche à accomplir, mais c’est aussi le mot que l’on utilise pour une composition musicale. On y voit trois ouvriers qui interprètent une suite de mouvements, mouvements qu’ils connaissent puisque ce sont ceux de leur travail. Ils n’ont pas de repères, pas d’établis et ont dû faire appel à leur souvenir corporels et instinctifs pour réaliser l’enchaînement de gestes. Ces ouvriers performent dans une carrière abandonnée, symbole d’un travail délaissé, oublié et disparu. Cette performance est un moyen de préserver la culture du geste et un savoir-faire qui est peut-être amené à disparaître. Durant le film, on entend les protagonistes échanger sur leur avenir incertain, sur leur place dans le travail, et abordent également un possible futur fait de temps libre. Entre dure réalité du travail à l’usine et les fabulations sur la technologie, naît alors une relation ambiguë entre le robot et ses créateurs.

Documentation

Brussels Art Film Festival - Opus de Pauline Pastry

Cinergie.be

L’homme et la machine…

Jeune plasticienne diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs et installée à Bruxelles, Pauline Pastry a axé son travail autour de ce qu’elle nomme la « grande désindustrialisation » en cours. Fille d’ouvriers, l’usine est le terrain qu’elle a commencé à explorer avant de filmer les corps qui l’habitent. Opus, son second court-métrage est en compétition officielle au Brussels Art Film Festival, qui aura lieu du 12 au 15 novembre prochain. Opus, donc, qui signifie en latin « oeuvre » met en regard la danse des hommes et des machines dans un face-à-face à la fois tendre et cruel.

On se souvient tous de cette scène devenue mythique des Temps modernes où Charlie Chaplin, à force de serrer des boulons, pétait joyeusement un plomb, se faisait avaler par les rouages de la machine et se mettait à danser en détraquant entièrement l’énorme usine. Dans Opus, le pétage de plomb n’est pas loin non plus, mais la danse n’est plus celle de la folie qui s’empare des corps soumis aux cadences délirantes mais plutôt celle des machines vouées lentement à remplacer les hommes.

Pauline Pastry est allée filmer son père et ses camarades en dehors de leur usine. Dans des paysages sublimes, entre minéralité et abandon, elle filme ces trois hommes dans une drôle de danse, faite de gestes répétitifs qu’elle met en regard, à travers tout un travail de split-screens particulièrement étudié, avec une seule et même machine, occupée à refaire incessamment les mêmes mouvements. Et tandis que d’un côté, la machine ne sort pas de ses rails, de l’autre, les hommes, tout occupés qu’ils soient à imiter ses mouvements, finissent tout simplement par danser. Qui remplacera qui ? À quoi servent les hommes dans les usines ultra-mécanisées ? Quels sont leurs rôles, leurs tâches et quel est le sens de leur travail désormais ? Les plans sont fixes à l’écran tandis que la conversation entre les trois hommes hors-champs accumulent doutes, questions, hésitations…

Evidemment, le film de Pauline Pastry pose de nombreuses questions sur cette sorte de rivalité entre l’homme et la machine en mettant leur geste et leur usage en comparaison. Mais il a la grâce de suspendre les réponses. La bande-son, sourde et répétitive, semble provenir des machines elles-mêmes et engendrer la danse. Les grands plans d’ensemble de l’usine mis en regard avec des paysages presque sauvages construisent le même sublime à l’écran. D’un côté comme de l’autre, quelque chose échappe à la rationalité, que les chiffres qui défilent sur les écrans, pour calibrer les gestes de la machine à partir de ceux de l’humain, n’arrivent pas à rattraper. Dans ce face-à-face, où la machine rouille et tombe en ruine, à l’abandon, l’homme, bien qu’il soit peu de choses, arrive, de par sa grâce et ses fragilités, à trouver quand même sa place et son décor. Voué à disparaître, il n’a pas encore dit son dernier mot - ou plutôt ses derniers gestes.