Menu Fermer

Andalousie

par Violeta Salvatierra

Une sortie d’école. L’œil en attente, l’émerveillement. Des visages, des prénoms. Ils courent vers nous.

La porte fermée d’une église, le clochard qui dort et les yeux en douleur de la Vierge. María de los Dolores. Célébrations et deuil qui n’en finit pas.

Tu avances. Le soleil t’embrasse, embrasse les rues. Les maisons sont lourdes, les fenêtres ensommeillées. Béances. La nuit souffle dedans.

C’est cette rue-là, Espíritu Santo. Ton pas oscille à peine pendant que tu longes les murs du couvent, arrives à cette façade: le numéro 19. La carcasse abandonnée, le morceau de squelette, la porte entrouverte. Reste-là.

Une chambre, le lit défait. Quelque chose crie dehors : le soleil déliquescent, les oiseaux qu’on ne voit pas. Les jeunes filles croisées tout à l’heure. Volupté lointaine.
Tu es seul.

Par l’eau, retour aux origines. La mer immense, le vieux fleuve souverain. La terre se mêle aux vibrations de l’eau, berce le reflet incertain où tu te tiens. Annonce-t-elle un film qui demande d’exister ?

Les rayons de lumière déchirent les murs, délitent la pierre, fouillant dans ses entrailles. Va plus près dans la plaie. Elle est à toi cette lumière éblouissante, à toi l’obscurité si pleine.

Une autre chambre. Un miroir suinte les heures d’absence. Les ombres se densifient et le jour tout-puissant ne cesse de s’immiscer, brûle l’air. Ta respiration.

Tu as donc regardé ce peuple. Mon peuple ? Celui à la voix de volcans tendres, la chair où rien ne se retire ni ne se cache. Tout est là, brutal et solennel.

Lágrimas. Malgré toi, ces images portent les larmes de la mère. Tu as accompagné en silence l’homme qui offre son corps blessé dans chaque coin de rue. L’austère géométrie des foyers s’est défaite de l’intérieur.

Et tu reviens à cette façade, le numéro 19. Ses balcons fermés, les portes épaisses et sombres. Celle-là et toutes les autres. Tu peux presque palper sa peau craquelée. Entouré de fantômes, étourdi par le ciel écartelé sur ton crâne. Tu as oublié les prescriptions.

 

Violeta Salvatierra