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Édito

n°8 / septembre 2009 : la voix

En regardant la voix comme vecteur essentiel de l’espace du film, nous nous intéressons aux dynamiques de division, de conjonction, d’incarnation et d’absence qui sont aux fondements des modes d’énonciation cinématographiques, mais aussi du geste poétique, plus largement.

Anti-objet par excellence, qu’elle soit visualisée ou acousmatique, synchrone ou non dans les bouches à l’image, la voix pose la question du lieu, du sujet et des limites du savoir (du pouvoir) à l’oeuvre dans l’expérience cinématographique. Fabrice Lauterjung revient ainsi dans ces pages sur un des films majeurs de l’histoire du cinéma, Le testament du docteur Mabuse, à partir duquel il interroge les effets de réel et les mécanismes fictionnels propres au dispositif cinématographique. Explorer et transformer radicalement le rapport de la voix, du son et du silence a été la tâche de cinéastes du Groupe Dziga Vertov dans les années 1968-1972, auxquels Silvia Maglioni rend ici hommage. Dans une recherche décidée de musicalité, Raphaël Bassan réalise plus récemment Lucy en miroir, où il s’agit pour lui d’« orchestrer » les voix de ses personnages et la sienne, prises dans un maillage commun de projections et de souvenirs. D’autres films, qui ont fait entendre le pluriel de la voix, sa puissance au-delà de la maîtrise du discours ou de la langue, sont abordés dans ce numéro : Ne change rien de Pedro Costa, Un lac de Philippe Grandrieux et Nous ne sommes pas au monde de Sothean Nhieim.

étoilements a souhaité également donner à entendre des voix, en s’ouvrant à des textes poétiques, des chansons et des chants réunis sur un même support sonore qui prolonge la revue. Ces objets sonores, fabriqués par les rédactrices et rédacteurs de ce numéro, accompagnent, complètent ou désorientent les textes auxquels ils sont étroitement liés.
 

Violeta Salvatierra

L’appel était le suivant :


Pour que nos voix puissent se laisser filmer, il faut qu’il y ait quelque chose de visible en elles. Notre langage quotidien ne laisse pas de l’affirmer. Nous parlons du grain de la voix, de son épaisseur, de sa couleur, autant de termes qui s’appliquent tout aussi bien aux images. Ces indications liminaires méritent d’être radicalisées. Peut-on filmer autre chose que des voix ? Y a-t-il autre chose à voir que des voix ? Même lorsque nous tournons nos objectifs vers les régions les plus silencieuses du monde, n’est-ce pas encore ce qui parle en lui que nous voulons atteindre et montrer ? Filmer consisterait à entendre la voix que nous donnons au monde, et à reformuler sans cesse, en acte, l’expression, géniale par sa concision même, de Claudel : l’oeil écoute.
Mais il faut varier ces questions, et poser plus directement la question de la vocalité du cinéma en tant que telle. La voix peut-elle être le quoi du cinéma si elle ne pose pas la matérialité et la chair avec lesquelles il travaille nécessairement ? Voir une voix, c’est aussi voir la gorge où elle tremble et sans laquelle nous ne pourrions l’entendre. Avec cette thématique, c’est donc aussi la question de l’incarnation que nous voulons poser.