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Droit de réponse

Stéphane Marti

L’Ecole du corps, source et ramifications

Pour info et pour les jeunes générations qui pourraient croire, à la lecture du catalogue du 23ème FCDEP, que l’Ecole du corps n’existe pas.

C’est bien Dominique Noguez qui, dès 1977, nomme de façon interrogative « Une école du corps ?» les correspondances troublantes qu’il discerne entre les films des cinéastes qui se servent, au même moment et en France, du médium super 8 et de ses spécificités inouïes comme vecteur de leurs identités homo. Théo Hernandez, Michel Nedjar, Jakobois, Gaël Badaud, Berndt Deprez, Maria Klonaris, Katerina Thomadaki ou moi-même.
Il y a aussi bien sur l’influence majeure soulevée par l’enseignement de Michel Journiac. Un plongeon inaugural dans la question Queer, pas encore formulée.
L’approche du corps par la caméra désirante, les jeux entre le corps filmant et le corps filmé (j’ai commis une maitrise et un DEA sur ce sujet), les glissements du profane au sacré, le foisonnement baroque, la dramaturgie théâtralisée, l’émergence du spontané qui approche souvent la transe, le tout bricolé avec nos propres moyens, voilà quelques uns des aspects de cette démarche vraiment singulière, en tous cas sans équivalant dans le paysage expérimental de l’époque.

Pendant toute la décennie 70/80, nous projetions nos films dans les séances organisées par le CJC, ainsi qu’au Festival d’Hyères, section « cinéma différent » dont Marcel Mazé avait la charge. C’était à chaque fois une intense stimulation que de découvrir des (nos) films à l’esthétique si proche alors que nous n’étions pas constitué en groupe. (extrait d’un entretien avec Florence de Mèredieu)

L’Ecole du corps est un élan créatif auquel tous mes films sont rattachés.
Surgissent ensuite et entre autres les débordements dionysiaques d’André Almuro ou les effluves de Sothean Nhieim, toujours en super 8.
D’autres superbes opus de Jean-Paul Dupuis ou François Denis peuvent être affiliés à ce pôle, déployant une autre sensibilité et en 16 mm cette fois. L’Ecole du corps inspire encore beaucoup d’œuvres issues des ateliers super8/expé, les Brigades S’Marti, que j’ai eu le privilège de conduire à St Charles (Paris1/Sorbonne) entre 1995 et 2007.
Et je ne parle pas d’innombrables vidéos. Il n’y a aucune raison que ça s’arrête …

Tout ce que j’évoque sur ce domaine provient de mes expériences, de quantités de projections ainsi que des échanges que j’ai eu la chance d’entretenir pendant des années avec Michel Journiac, Dominique Noguez et Marcel Mazé - sans lequel c’est bien le Collectif Jeune Cinéma qui n’existerait tout simplement pas.

- Stéphane Marti, 04/10/2021