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Dominique Noguez

(1942-2019)

Notre ami Dominique Noguez est mort, à 76 ans, dans la nuit du 14 au 15 mars d’un cancer.
C’est l’homme, le militant, le penseur, le dandy qui a été à la base de la naissance et du développement, en France, d’une culture spécifique liée au cinéma expérimental.
Jeune universitaire, il se rend à la Cinémathèque d’Henri Langlois pour suivre, à l’automne 1967, la rétrospective de cinéma underground américain, Avant-garde pop et beatnik, concoctée par le critique et militant nord-américain de la cause P. Adams Sitney, la première manifestation de cette envergure chez nous. Dominique s’enhardit et se lie d’amitié avec Sitney qui le convie dans diverses demeures et lofts parisiens, dont l’antre de Jean-Jacques Lebel, afin de lui montrer les films que la programmation, forcément réduite de la Cinémathèque, ne permettait pas de projeter. Il voit ainsi l’intégrale des Songs de Stan Brakhage, près de cinq heures de projection, sur un mur, et a un véritable coup de foudre.
Il rédigera le premier texte conséquent et in situ sur le cinéma expérimental, Une nouvelle révolution cinématographique, qui ne sera publié qu’en 1969 par la NRF (1). Jusque là, en France, on n’écrivait sur le cinéma expérimental qu’à l’occasion de festivals, notamment celui de Knokke-le-Zoute (1949-1974), car les journalistes étaient grassement invités, mais les textes étaient souvent négatifs et indigents.

Parti enseigner comme coopérant au Québec en 1970, il rejoint dès son retour le Collectif Jeune Cinéma dont il sera un compagnon de route indéfectible, et un grand ami de son président, Marcel Mazé, dont il fera une chaleureuse oraison funèbre après le décès de ce grand pionnier en 2012, sans souhaiter avoir des responsabilités pour autant au sein de la structure. Ses trois fims y sont néanmoins déposés, il a écrit dans Cinéma différent et défendu le CJC dans les diverses revues où il collaborait. Il est, en 1975, l’actant du film de son ami Patrice Kirchhofer, Sensitométrie III (3).
Noguez va fonder avec d’autres universitaires (Eizykman, Fihman…), dans diverses universités (Saint-Charles, Vincennes), dès le début des années 1970, un enseignement spécifique dédié au cinéma expérimental. Il organisera colloques, rétrospectives (Trente ans de cinéma expérimental français 1950-1980) [1]. Il défendra le cinéma expérimental français et théorisera un cinéma de l’École du corps qui aurait pris naissance au sein du CJC (avec Stéphane Marti, Maria Klonaris, Katerina Thomadaki, Teo Hernández, Michel Nedjar, Jean-Paul Dupuis, André Almuró, Lionel Soukaz,… et qui donnera naissance à diverses polémiques), non sans avoir écrit une somme sur le cinéma expérimental étasunien : Une renaissance du cinéma. Le cinéma “ underground ” américain [2]. Noguez avait acccompli de nombreux voyages entre Paris et New York pour faire connaître aux uns le cinéma des autres et inversement. Il est allé une fois avec une copie 35 mm montrer Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou à la New York Filmmakers’ Cooperative.
Il avait cette formule restée célèbre, parlant du cinéma expérimental : « Nul ne mérite l’indignité de demeurer dans l’ombre de l’incritiqué ». Son style racé, élégant, brillant, pas “universitaire” pour deux sous, a rendu ses textes très accessibles.
Dans les années 1980 il débute une brillante carrière d’écrivain qu’il a poursuivie jusqu’à aujourd’hui avec la sortie récente d’un livre.

- Raphaël Bassan