Synopsis
Quelle que soit la direction depuis laquelle on tente d’aborder FCXB vs. Godzilla, le film résiste à toute classification, car le match est déjà en train de se jouer, saisi dans la vitesse de l’instant, et les corps présents sur le terrain sont en mouvement constant. Ils échappent à l’interprétation tout comme ils esquivent les coups des autres joueurs, précisément parce que ces corps ne peuvent être contenus. Le film adopte une esthétique à l’intersection du jeu vidéo, de l’art post-internet, du commentaire sportif et du cinéma d’horreur, sans s’inscrire nettement dans aucune de ces catégories. Il les rassemble au contraire pour mieux les déconstruire.
Structuré comme un match de football, le projet déplace l’attention vers le collectif, réunissant des amies pour raconter leurs propres histoires, jonglant en permanence entre récits personnels et fiction, entre jeu et réalité. À travers une interface inspirée des jeux vidéo, donnant accès aux histoires des avatars, les personnages sont présentés par le biais d’une auto-parodie queer, au cœur même de l’esthétique camp, souvent le seul moyen de faire émerger des représentations habituellement exclues de l’histoire.
On assiste ainsi à un déplacement par rapport au paradigme classique du football en tant que jeu compétitif opposant deux équipes, générateur de capital, fonctionnant au sein d’un système patriarcal et hétéronormatif qui normalise, mais aussi au football en Roumanie en tant que terrain de propagande d’extrême droite. Ici, tout cela est remis en question, et le football est réapproprié à travers une forte dimension camp, indissociablement liée à une dimension politique. La violence n’apparaît que comme une ironie de l’absurdité de la violence dans le sport en général ; la théâtralité devient un outil de résistance face à la normativité, et la logique du « que le meilleur gagne » disparaît, car personne ne sort vainqueur d’un match dont l’objectif est de jouer et d’être ensemble, entre ami·e·s.
Le match de football devient une célébration de la queerness, où les corps se déplacent librement dans un chaos revendiqué, où les règles du jeu sont incertaines, les limites du terrain instables et les identités des personnages indéterminées. Et dans tout ce désordre, au moment même où les choses semblent prendre sens, ne serait-ce qu’un instant, tout est brutalement pulvérisé par l’apparition d’un Godzilla géant.
— Adnana Greșiță



