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Une esthétique du rebut... Pourvu que cela fasse tache !

Focus #4

dim. 7 octobre 201807.10.18
19H30—23H00
Le Shakirail

Programmé et présenté par Derek Woolfenden (Kino Club – Curry Vavart)

Programmation dédiée au sale, à l’abject, à l’incorrect, au pathétique, à l’ordurier, à l’impulsif, pourvu que cette séance du Kino Club ne soit pas polie ou propre à l’air du temps à vouloir écraser autrui sous l’identité qu’on lui assigne. Sûrement pas !

Une succession de formes courtes et d’extraits de films s’articuleront autour de Coonskin (1975) de Ralph Bakshi, long métrage animé et sulfureux de la blaxpoitation encore controversé à l’heure actuelle.

« Le secret de l’industrie moderne, c’est l’utilisation intelligente des résidus. » Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père, 1960

Le Shakirail vous propose une programmation anthologique dédiée au sale, à l’abject, à l’incorrect, au pathétique, à l’ordurier, à l’impulsif, au trivial, au potache, pourvu que cette séance mensuelle du Kino Club ne soit pas polie ou propre à l’air du temps à vouloir écraser autrui sous l’identité qu’on lui assigne. Sûrement pas ! Une succession de formes courtes et d’extraits de films s’articuleront autour de Coonskin (1975) de Ralph Bakshi, long métrage animé et sulfureux de la blaxploitation encore controversé à l’heure actuelle. Les formes courtes de cette séance tenteront de décliner le rapport ténu qu’entretient le cinéma avec ce qui relève du déchet ou du rejet (au sens large) que ce soit la figure du clochard (Jim Muro), l’échec amoureux (Pierre Étaix), le langage ordurier ou argotique (Tony Tonnerre), le champ lexical d’une misère généralisée et croissante en milieu urbain et dans le film de genre policier (Barry Shear, Alex Cox), la représentation littérale des poubelles et ce qu’elles révèlent ironiquement de l’homme (l’univers urbain et animé de certains films de Ralph Bakshi), mais aussi la matière filmique elle-même ; des attentats sur pellicule du cinéma expérimental avec les déflagrations du film à l’eau de javel (Yves-Marie Mahé) au procédé formel de récupération ou de remploi d’images au travers du found footage (Ivan Zulueta, Walt Ungerer).

Programmation

Un plan idéal
Tony Tonnerre

France
2000
Numérique
1'

Voilà un « film geste » qui ne s’encombre pas d’un générique, ce qui atteste de sa nature formelle éphémère, mais aussi de sa vitalité instantanée et irradiante !

Le soupirant (extrait)
Pierre Étaix

France
1963
35 mm numérisé
1'

Hey good Lookin' (extrait)
Ralph Bakshi

États-Unis
1982
35 mm numérisé
2'

Va te faire enculer
Yves-Marie Mahé

France
1998
16 mm numérisé
10'

Le film d’Yves-Marie Mahé donne l’impression que le cinéma porno provoque la déjection du cinéma hollywoodien. La corrélation des deux (porno et cinéma traditionnel), qu’elle soit consciente ou inconsciente, critique ou instinctive (voire « libertaire ») est évidente. Après ce film, on ne regardera plus Le Parrain ou Chinatown de la même façon, Va te faire enculer les a sali, souillé dans son système comparatif et visuel semblant aléatoire comme un juke-box déréglé. La force du film est là ; il prend son énergie dans un joyeux bordel où les tabous sexuels s’interpénètrent d’une image à l’autre, qu’elles soient « innocentes » ou coupables. Avec Yves-Marie Mahé, personne n’est innocent ou coupable, on est tous complices ! Qu’on le veuille ou non…

« Les vertueux ont besoin de nous, mais ils n’aiment pas l’odeur. »

L’Homme de la loi de Michael Winner, 1971

Frank Stein
Ivan Zulueta

Espagne
1972
35 mm numérisé
4'

Le refilmage est aussi cradingue que la pellicule usée, mais le phénomène de ce qu’il en reste a bien plus de valeur que ses qualités narratives. La pellicule est éprouvée autant que la figure de la créature de Frankenstein, réalisée (ne l’oublions pas !) à partir de « restes » humains.

Street Trash
Jim Muro

États-Unis
1987
35 mm numérisé
15'

Il s’agit du court-métrage à l’origine du film. « L’exclu est avant tout un homme qui, vivant marginalement par rapport à la société et connaissant les plus mauvaises conditions sociales, devient pire que les autres hommes. Cela, il faut le dire sans avoir peur d’apparaître contraire à la classe exploitée. L’unique manière d’aider cette dernière c’est de dire que la faute de la société est si grande qu’elle rend même les pauvres pires que ce qu’ils sont – en plus de les exploiter et de les exclure. »

Propos de Ettore Scola autour d’Affreux, sales et méchants dans le livre d’entretiens réalisés par Jean Gili, Le cinéma italien, 2011

+ Bande Annonce de Street Trash, 1987

La mort en prime (Repo Man) (extrait)
Alex Cox

États-Unis
1984
35 mm numérisé
1'

Meurtre dans la 110e rue (extrait)
Barry Shear

États-Unis
1972
35 mm numérisé
4'

« Pourquoi la justice était-elle toujours représentée avec un bandeau ? Je savais, à présent. C’était parce que cette salope avait le symbole du dollar à la place des yeux. »

Iceberg Slim, Pimp, 1967

Heavy Traffic (extrait)
Ralph Bakshi

États-Unis
1973
35 mm numérisé
2'

Meet Me, Jesus
Walt Ungerer

États-Unis
1966
16 mm numérisé
14'

Dans le cinéma expérimental, ce n’est pas comme dans celui de fiction traditionnelle où le climax provoque, prépare l’évènement, mais c’est que tout fait évènement, le simple mouvement anecdotique d’un passant ou d’un chat chez soi devient aussi historique que les images d’archives d’un évènement politique. L’inverse se produit également, l’évènement politique en question s’évide de son caractère historique et se banalise malgré tout l’imaginaire s’étant construit depuis (Fragment Untitled #1 de Doplgenger, 2012, par exemple).

Oh Dem Watermelons
Robert Nelson

États-Unis
1965
16 mm numérisé
12'

« Le film définitif sur le problème de la pastèque : ces fruits peuvent être coupés, sciés, abattus à la carabine, utilisés comme bombe ou comme instrument masturbatoire. L’œuvre constitue une satire morbide du cinéma documentaire, le film semble également faire allusion à certains clichés raciaux ; son intensité obsessionnelle atteint une sombre solennité dans laquelle la dérision apparaît presque comme l’image du possible. »

Amos Vogel, Le Cinéma, art subversif, 1974

Coonskin
Ralph Bakshi

États-Unis
1975
35 mm numérisé
90'

« Sa version urbanisée de L’Oncle Rémus ou le Roman de frère Lapin, Coonskin – sorti en 1975 juste après l’apogée de la blaxploitation [genre cinématographique spécifiquement destiné au public afro-américain ; la musique noire y tient un rôle primordial] – , est sans doute l’œuvre la plus incendiaire de ce genre cinématographique. Utilisant le folklore noir, les récits d’esclaves empreints de résistance non violente ainsi que les caricatures racistes du passé véhiculées par les médias blancs (par exemple, les corbeaux de Dumbo [Studios Disney], Coal Black [Warners Bros.], les négrillons de la James River souriant aux clients dans les rayonnages des épiceries, les restaurateurs italiens de La Belle et le Clochard, et les Juifs représentés dans le film de propagande nazi intitulé Le Juif éternel), Bakshi, sans aucune timidité, met au défi la sensibilité de son public avec une œuvre qui transforme toutes les autres productions de la blaxploitation en simples représentations de l’accomplissement d’un désir. En réalité, la seule voix qui à l’époque est en symbiose avec l’œuvre de Bakshi, c’est celle des monologues de Richard Pryor. Personne ne sera surpris d’apprendre que les deux hommes sont amis et que Pryor adore Coonskin. Une Amérique qui estime que Blazing Saddles (Le shérif est en prison) et All In The Family constituent une critique acerbe du racisme est une Amérique qui n’est pas prête pour Coonskin. Même aujourd’hui, Coonskin est encore une œuvre explosive dont un large éventail de spectateurs peut déclencher la détonation (…). »

Préface de Quentin Tarantino pour Ralph Bakshi, un rebelle du dessin animé de Jon M. Gibson et Chris McDonnell, 2008

 

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Derek Woolfenden

« Tu es un être humain tout Noir qui sert de poubelle à ces connards de Blancs pour qu’ils puissent se vider les couilles. »

Iceberg Slim, Pimp, 1967

Remerciements : Le Collectif Curry Vavart, Colin V., Patrick Fuchs (traduction), Guillaume Lebourg, Tony Tonnerre, Yves-Marie Mahé, Sébastien Liatard et Julien Sévéon

Le Kino Club est né en 2009 au sein de l’association Curry Vavart, collectif artistique pluridisciplinaire. Il s’agit d’un ciné-club mensuel visant à défendre des films rares, oubliés ou mésestimés par l’Histoire du cinéma.