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Les (més)aventures d’Ellie

par Dominik Lange

Un des amants d’Ellie, du nom de Chabaz, était un soi disant prince arabe d’Afghanistan dont elle avait fait la connaissance pour la première fois en lui achetant des herbes et des plantes, alors qu’il tenait un stand à un marché de Noël sur la place de l’église Saint-Sulpice à côté de chez elle.

Je ne l’ai jamais rencontré, mais il devait être fort bien épris d’elle pour lui laisser autant de messages sur son téléphone portable, des textos en anglais de cuisine, auxquels elle ne répondait qu’une fois sur cinq selon elle, quand leur relation battait de l’aile et s’étiolait vers la fin.

Il dirigeait des ateliers (clandestins ?) de confection textiles et manufactures de prêt-à-porter, et avant qu’il ne finisse par lasser Ellie, qui ne supporte pas la répétition et la monotonie dans ses relations (elle en avait marre de son déjeuner rituel, toujours un plat de poulet au riz), il lui avait proposée de l’emmener dans son pays natal…

Ce que je lui avais déconseillé de suivre, si elle ne voulait pas finir sous une cloche bleue, dans un harem ou un marché de la traite des blanches, ce qui était de l’humour à moitié selon moi…

Le meilleur souvenir que je garde de sa période avec son prince Chabaz, était le jour où le chapeau afghan qu’Ellie portait comme un trophée sur sa tête, pour l’avoir reçu en cadeau, s’était envolé par un fort coup de vent pour aller rouler entre les voitures du boulevard que l’on traversait sauvagement, et courant derrière le chapeau qui ne voulait pas se laisser prendre, tant il roulait bien…

Une autre anecdote viendra renforcer ici la démonstration selon laquelle Ellie sait user de ses charmes pour parvenir à ses fins… Je lui avais prêté main forte pour l’aider à rénover son appartement en remastiquant ses fenêtres dont les carreaux menaçaient de tomber, en grattant, ponçant et enduisant ses murs de cuisine qui allaient recevoir une peinture blanche écrue toute neuve, comme il lui était devenu insupportable d’habiter un deux-pièces qui par sa dégradation tenait plus du taudis insalubre que du coquet appartement sous les toits d’un immeuble bourgeois de grande classe.

Les propriétaires qui louaient cet espace étaient en effet peu scrupuleux de remettre à neuf cette location et de la maintenir présentable d’un locataire à un autre…

Mais Ellie a plus d’un tour dans son sac, puisqu’elle s’était lié d’amitié avec un commercial représentant en literie de canapés de grande classe, au BHV de la Mairie du 1er arrondissement, afin de bénéficier d’une réduction de moitié prix sur les modèles les plus coûteux.
De même elle avait tapé dans le regard d’un peintre en bâtiment spécialisé dans l’aménagement de décors d’expositions des grands musées, notamment au centre Georges Pompidou où je travaillais alors, comme projectionniste dans les salles d’expo et disposant d’une clef magnétique, pouvais accéder aux espaces en cours de montage.
Ce qui a eu pour effet d’amener ce peintre à repeindre grâcieusement tout son appartement avec des fonds de peintures acryliques (il me semble et les vapeurs d’émanation du solvant montaient à la tête au point qu’il lui était devenu insupportable de dormir chez elle durant ces jours de séchage entre les couches appliquées) inutilisées et de la marque la plus chère (100 € le pot de 5 litres au BHV !), en espérant se marier avec elle, ce qui n’a évidemment pas donné de suite…

Elle avait également cet inconvénient de n’accèder aux WC qu’au fond du couloir de son étage et d’être obligée de faire sa toilette au lavabo de sa cuisine, puisque ne disposant pas d’une salle d’eau avec douche incorporée, seul avatar désobligeant de sa coquette demeure, véritable oasis de serennité quand elle me servait le thé, parmis les innombrables infusions de plantes dont elle avait le secret…

Ce qui lui a donné ce ressort supplémentaire pour ensorceler un électricien, plombier et bricoleur homme a tout faire qui s’était entiché d’elle, mais ne voulait pas de la vie de couple et du ménage marital dans sa vie, pour l’avoir déjà pratiqué et soucieux de son indépendance, lequel lui proposait un prix très avantageux incluant la douche et un nouvel espace de cuisine…

C’est curieux et amusant à la fois comme Ellie avait de la tendresse et de l’affection tout particulièrement pour les ânes : les animaux qu’elle préférait parmis les autres…
Pour ma part, il me semble que ma préférence rejoint celle de ma mère pour les chats, bien que je ne possède aucun animal de compagnie et ne cherche pas non plus à combler quelques manques par une présence de substitution ou un animal à domestiquer!

En l’occurrence si ce devait être moi l’animal en question, il me semble bien l’avoir été quelques temps pour Ellie…

Elle consomme régulièrement du hachisch acheté à la sauvette un peu partout à Paris : il suffit pour cela de faire un repérage, afin d’en connaître les lieux dédiés, mais moi je ne suis pas un consommateur et ne fume qu’indirectement sans doute les fumées qu’Ellie rejète autour d’elle…

J’ignorais même que l’on puisse transporter avec soi des graines de Cannabis dans un petit coffret à bijoux et que ces plantes vivaces puissent pousser aussi vite, pour avoir gardé chez moi ces gerbes trois mois durant et c’est assez encombrant pour une chambre de bonne, le temps qu’elle revienne de ses vacances en Suisse et en Italie…

Heureusement que son imprégnation pour toutes les plantes qu’elle consomme pour sa forme et son équilibre est suffisament forte pour l’avoir dissuadée de toute acoutumance, avec les rails de coke qu’elle reniflait quand elle sortait avec un certain directeur et producteur de musiques…

Il semblerait que cette affectation des mœurs soit monnaie courante dans le show business à Paris et agrémente les soirées huppées de ces milieux là au même titre qu’un simple verre de Cognac !

Mon amie Ellie a tellement de charme auprès des hommes, qu’elle a parfois bien du mal à s’en débarasser (mais qui se débarasse de qui dans l’histoire ?), ce qui est tout de même un comble pour ceux qui cherchent à se combler, affectivement tout du moins.

Finalement je me suis rendu compte qu’elle n’était surtout douée que pour s’attirer de «mauvais coups», de piètres amants et des âmes fragiles derrière leur carapace, d’après ce qu’elle a pu m’en dire d’elle-même, jusqu’à il n’y a pas très longtemps de cela…

Elle a trouvé (semble-t-il) son parti à présent, avec un beau gosse, un styliste-décorateur et costumier indépendant, ce qui devrait la rejoindre, la sachant elle-même assez douée pour coudre à la machine ses propres robes et tenues de soirée !

Et si toutes ses relations passées tissaient là quelque part le tissu de ses robes et l’imaginaire qu’elle emporte ainsi avec elle ?

Bien que je n’ai jamais rencontré ce garçon, la description qu’elle m’en a faite comme étant assez typé avec de petites touches de féminité dans sa carrure (il était assez grand avec un visage assez fin) porterait à croire qu’elle avait enfin trouvé son compte, puisque suffisament désinhibé pour elle dans sa joie au lit, donc en grande harmonie avec son corps, comme savent l’être les africains (d’Afrique noire) d’origine, n’est-ce pas ?

 

Dominik Lange