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Des cinéastes joyeux

Jean Pierre Ceton

Des cinéastes joyeux

Je ne sais plus comment j’ai eu l’information qu’il y avait des projections de films expérimentaux et/ou marginaux à la maison de la culture, place St Michel à Paris. Un papier dans Le Monde
ou Libération ? J’y ai rencontré Marcel Mazé à qui j’ai parlé de Dis/cours, un petit film que je venais de réaliser. Le film a été retenu pour le festival d’Hyères et présenté à Toulon où se déroulait cette année-là (1976) le festival. Ensuite j’ai fait route avec le Collectif Jeune Cinéma durant plusieurs années. En allant régulièrement à Hyères, pour y présenter mes films et aussi animer des débats sur les films après les projections. Et puis pour gérer le Collectif avec Jean-Paul Dupuis, c’est surtout lui qui le faisait. J’ai le souvenir du local de la rue Quincampoix qui je crois se trouvait en sous-sol,
du coup était plutôt humide, ce qui n’empêchait pas un passage régulier de cinéastes déterminés. Et de cinéastes joyeux comme je le découvre telle une heureuse surprise en revoyant des photos
de groupe de l’époque. On naviguait pourtant dans le triste monde d’un premier ministre, un certain Barre, qui avait comme projet civilisationnel la lutte contre l’inflation. J’ai fait route aussi avec le CJC
à travers la revue Cinéma Différent qui faisait l’objet de nombreuses réunions de préparation carrément animées. Il y avait en effet de vraies divergences entre les expérimentaux et les différents, les formalistes et les figuratifs ou narratifs. C’était si difficile de s’entendre théoriquement qu’on en venait à choisir l’ordre de parution des articles dans la revue en fonction de l’ordre alphabétique du nom des auteurs-cinéastes.

Tout comme aujourdhui, semble- t-il, ces films des années 1975/1982 dont je parle, étaient d’abord des films marginaux. Ils étaient parfois accusés de n’être pas professionnels. Oui ils étaient non-pro d’un côté, parce que les moyens étaient dérisoires, des films faits avec trois fois rien, avec une revendication d’un laisser faire pour ce qui était de l’image qui n’avait pas besoin d’être propre. Oui des films qui s’opposaient au cinéma publicitaire naissant dont les images étaient « léchées ».
Du cinéma pas complètement pro d’un côté, mais du vrai luxe de l’autre, car on produisait les films qu’on voulait, le CJC permettait une diffusion potentielle de ces films auto-produits. Du cinéma différent ou expérimental en tout cas qui se séparait des films commerciaux. Qu’ils soient plus ou moins narratifs, c’était des films marginaux car ils portaient du vécu.