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Libération du signal : objections techniques et révoltes esthétiques

Focus #4

sam. 7 octobre 201707.10.17
18H00—22H00
Ciné 104
Tarif
unique : 3,5€

Une table ronde puis une séance animée par Bidhan Jacobs et Jacques Perconte, avec Cyril Béghin, Claire Chatelet, Pascal Martin, Carole Nosella, Joost Rekveld et Vincent Sorrel, pour récuser lʼhistoire officielle des technologies audiovisuelles, façonnée par les industries de lʼinformation et de la communication depuis 1990. Le concept esthétique proposé, celui de « signal », offre un point de vue imprenable sur lʼensemble des arts filmiques critiques, en particulier de ces vingt-sept dernières années. La réflexion sera déployée en images et en sons au travers d’un éventail de techniques de libération du signal filmique, dʼinventions formelles radicales avec les films de Joost Rekveld et Jacques Perconte.

18h00

Table ronde : objections techniques et révoltes esthétiques

Participants : Cyril Béghin, Claire Chatelet, Pascal Martin, Carole Nosella, Joost Rekveld, Vincent Sorrel, Jacques Perconte et Bidhan Jacobs.

20h00

Projection : Libération du signal (en présence des réalisateurs)

#3
Joost Rekveld

Pays-Bas
1994
16 mm
4'

Chuva
Jacques Perconte

France
2012
Numérique
8'

#67
Joost Rekveld

Pays-Bas
2017
16 mm
17'

Libres
Jacques Perconte

France
2012
Numérique
4'

#23.2, Book of Mirrors
Joost Rekveld

Pays-Bas
2002
35 mm
12'

Árvore da Vida
Jacques Perconte

France
2013
Numérique
9'

#43.6
Joost Rekveld

Pays-Bas
2013
35 mm
11'

Patiras
Jacques Perconte

France
2017
Numérique
33'

La transition au numérique des technologies audiovisuelles, débutée progressivement en 1990, accélérée dans les années 2000, a entraîné le démantèlement quasi entier des supports analogiques. Cette mutation est prodigieuse et unique : jamais dans lʼhistoire des techniques cinématographiques lʼintroduction dʼune technologie, pas même le parlant en 1927, nʼaura transformé le monde du cinéma aussi radicalement et avec une telle fulgurance. Phénomène qui s’est imposé d’autant plus facilement qu’il s’apparente à une loi naturelle selon laquelle les supports et outils doivent nécessairement se succéder par pans en rupture les uns avec les autres, alors qu’il s’agit en réalité d’un ordre néolibéral des industries techniques. Au temps du numérique intégral, il importe de repenser cette période de 20 ans qui a vu lʼintroduction dʼoutils professionnels et amateurs (caméras, projecteurs, logiciels, smartphones, écrans, 3D, VR), de formats, de supports de stockages, de normes de diffusion, de canaux de diffusion (web). Quels impacts cette conversion a-t-elle eue sur la création, au sein de lʼindustrie du cinéma, du cinéma indépendant mais aussi auprès dʼun nombre sans cesse plus grands de plasticiens auxquels lʼaccessibilité à des outils puissants autorisait des pratiques davantage personnelles ? Quʼest-ce que la démultiplication des supports de diffusion a changé en termes de production et de réception ? Quʼen est-il de la résistance de certains cinéastes au numérique en faveur de la pellicule et de la vidéo, ou au sein même du numérique ?

Un courant critique, au combat avec les standardisations techniques industrielles, traverse l’argentique, la vidéo, le numérique et leurs hybridations. Ce courant spontané et collectif d’artistes du monde entier a entrepris de battre le numérique sur son propre terrain : le signal. En effet, le signal est traité selon les opérations d’une idéologie techniciste qui a des conséquences normatives sur les images et les sons. Aussi, le caractère protéiforme de ce phénomène, sa fertilité, son effusion demandent à être envisagés comme objections techniques et révoltes esthétiques. Par conséquent, une refonte de ce que nous croyons connaître des technologies audiovisuelles et de leur histoire est à effectuer. Un des moyens consiste à montrer que les supports traditionnellement analysés selon leurs spécificités intrinsèques, convergent : en effet, inventeurs, ingénieurs et scientifiques conçoivent le fonctionnement des dispositifs d’obtention et de diffusion des images et des sons selon les mêmes grandes opérations. Le signal filmique permet de penser ensemble les supports technologiques (argentique-vidéographique-numérique) dans leur continuité et simultanéité.
En compagnie d’artistes, de théoriciens et de constructeurs nous explorerons pourquoi et comment il est nécessaire de s’emparer avec ingéniosité des technologies filmiques, d’inventer des outils et des techniques inédits et par conséquent de libérer le signal codifié de ses normes audiovisuelles.


Bidhan Jacobs & Jacques Perconte

Jacques Perconte

Jacques perconte, artiste français né en 1974, fait l’expérience précoce des technologies numériques en 1995, alors étudiant en arts plastiques à l’Université de Bordeaux (dessin, peinture, vidéo), en étant l’un des premiers à explorer l’espace naissant du web (d’abord à l’université, puis au CNRS, au sein du service informatique et recherches archéologiques dirigé par Robert Vergnieux) qu’il découvre avec quelques pionniers disposant de connexions et d’outils informatiques les plus adéquats en France. Lorsque Perconte découvre à l’université de Bordeaux qu’un ordinateur dont on lui avait confié l’accès était connecté au reste du monde, il prend conscience des enjeux techniques et esthétiques du réseau numérique alors en grande partie ignorés. Depuis, il n’a cessé de tester et d’allier les technologies numériques disponibles (réseaux, outils de simulation, de détection, de calcul et de traitement des images et du son, programmes, algorithmes, programmation, terminaux) et de les tresser avec l’analogique. Artiste de premier plan de l’histoire de l’art sur Internet, grand aventurier de la scène électronique, Jacques Perconte est également exposé et diffusé à l’international dans de nombreux musées, galeries, festivals, cinémathèques, universités, écoles d’art ou de cinéma, et collabore avec la musique contemporaine (par exemple Samuel André, Hélène Breschand, Jean-Jacques Birgé, Arnaud Castagné, Jean-Benoît Dunckel, Carlos Grätzer, Eddie Ladoire, Simonluca Laitempergher, Jeff Mills, Julie Rousse) et le cinéma d’art et d’essai (Holy Motors, Léos Carax, 2012).

Résolument technophile, Jacques Perconte critique les dernières hautes technologies par une reprise en main des outils numériques, informé par une recherche précise de leur fonctionnement et par les pratiques des arts expérimentaux qui l’ont amené à développer une stratégie de non-coopération technique au nom d’une valeur très haute d’exigence plastique et éthique. Ainsi, toute son œuvre s’inscrit-elle contre une histoire prescrite par les industries techniques qui imposent l’idée d’une loi naturelle selon laquelle les supports et outils doivent nécessairement se succéder par pans en rupture les uns avec les autres.

Joost Rekveld

Joost Rekveld est un artiste mu par la question de notre dialogue avec les machines et l’apprentissage que nous pouvons en tirer. Dans son travail il explore les conséquences sensorielles de systèmes qu’il a lui-même fabriqués, souvent inspirés par des moments oubliés dans l’histoire des sciences et technologies. Ces systèmes combinent des dogmes temporaires sous forme de procédures ou de codes avec des éléments plus ouverts tels que des procédés de matières ou des réseaux d’interactions trop complexes pour en prédire les résultats. Ses films, installations et performances sont des compositions documentaires des mondes qui naissent à partir de ces systèmes. Dans leur sensualité, ils constituent une tentative d’atteindre la compréhension intime et incarnée de notre monde technologique.
Ses films abstraits ont été présentés dans de nombreux festivals et lieux internationaux dédiés au cinéma expérimental, d’animation ou d’autres formes de l’image en mouvement. Le festival international du film de Rotterdam a accueilli une grande partie de ces travaux les plus récents en avant-première. Une rétrospective lui a été consacrée au Barbican à Londres ainsi qu’au Ann Arbor Film Festival, entre autres. Ses films ont été projetés dans une centaine de lieux, comprenant le ICA et le Tate Modern à Londres, le Centre Pompidou à Paris et le Moderna Museet à Stockholm.

Il a réalisé plusieurs installations et a participé à plusieurs projets collectifs où participaient des compositeurs, des ensembles musicaux, des troupes de théâtre, des compagnies de danse et des laboratoires d’artistes. Depuis février 2017, Joost est affilié à la School of Arts de la Haute École de Gant en tant qu’artiste chercheur.