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Questions surgies de l’adresse

par Rodolphe Olcèse

Photographie : Smaranda Olcèse-Trifan

Les questions de l’adresse sont les questions du lieu.

Le lieu d’où vient le cinéma. Le lieu où il va. Cet espace, ce que les films peuvent nous adresser en dépend. Pour nous adresser quelque chose, ils doivent nous conduire quelque part. Une question d’envoi.

Poste, posture, tenir droit, l’adresse.

Ce que l’œuvre nous adresse a sans doute peu à voir avec ce que l’auteur a voulu dire. Le film nous adresse tout autre chose que son réalisateur. Nous adresser. Sommes nous le contenu de l’adresse ?

Lorsque nous fabriquons des films, nous ne savons pas ce que nous faisons et nous ne savons pas ce qui se passe. Il est beau qu’il en soit ainsi. Il est beau que nos mains puissent faire plus vastement que notre intention et qu’ainsi nous ne sachions pas véritablement ce qui est envoyé. Il est beau que nous ne sachions pas au fond ce que les hommes peuvent entendre ou voir de ce que nous aurons fait et que dans cette méconnaissance même nous puissions les uns des autres saisir quelque chose.

Sommes nous des destinataires ? Y a-t-il une image entre mille autres qui nous soit destinée ? Une image qui soit pour nous ? Une image qui soit image nôtre ? Y a-t-il quelque événement vers lequel nous devons aller, et auquel le film seul peut nous promettre ? Sommes nous des plis, et les plans, ces actes qui consisteraient à dénouer le sens pour nous le faire apparaître, ce sens que nous sommes, ce sens que nous devons être ?

Les questions de l’adresse sont les questions de l’enjeu.

Paris, filmé à la deuxième personne du singulier. Cet homme qui dort, c’est toi. C’est-à-dire que L’homme qui dort parle de moi. Enfin me parle. Le cinéma nous dit tu. Il y a cette proximité, cette intimité. La catastrophe nous vient alors un peu plus précisément.

L’adresse. Est-ce que cela veut dire que nous sommes l’homme qui dort ? Georges Perec veut-il nous reconduire tous à cette jeunesse qui passe, en un rien de temps, par quelques plans, de l’indolence au désespoir ? Tel désespoir a-t-il le dernier mot ?

Tel désespoir n’a pas le dernier mot. Ou alors rien ne nous est adressé.

Ou encore : « tu » est dans l’adresse la condition pour que quelque chose nous soit dit sur le cinématographe, sur la plasticité des images, capables, sans être changées en elles-mêmes de faire signe tantôt vers la légèreté, tantôt vers la gravité. Dans cette adresse, le cinéma nous vient comme une écriture du désastre. Cette plasticité des images. La catastrophe en train de se dire.

Les questions de l’adresse sont les questions du mouvement.

Cette plasticité, cela signifie que les images ne savent jamais ce qu’elles veulent dire et elles ne savent pas ce qu’elles peuvent dire et elles ne savent pas ce qu’elles disent et elles ne disent rien enfin par elles-mêmes. L’image est le lieu d’une ambiguïté. L’image est un entre dire. Elle ne parle pas seule, son adresse est rendue possible par autre chose qu’elle.

Il y a un en deçà et il y a un par delà.

Si l’image est une ambiguïté en elle-même, si elle peut ceci et cela selon qu’elle est portée comme ceci ou comme cela, alors il faut cette mise en garde. Il faut un titre, un indice, une indication. Le titre, cela signifie que tout film est le lieu d’une possible méprise. Nous pouvons le prendre mal. L’adresse, nous pouvons l’entendre mal.

Est-ce que nous avons les yeux pour voir ? Est-ce que nous avons les oreilles pour entendre ? Avons nous enfin le cœur pour sentir quelque chose ? L’adresse ?

Le mouvement.

La tache recommencée toujours de se laisser atteindre.

 

Rodolphe Olcèse