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Happiness Avenue

Focus #1

mar. 4 octobre 201604.10.16
19H30—21H00
Maison de la Culture du Japon
Tarif
Unique : 5€

Présenté par Stéphane Du Mesnildot

Réalisé en 1986 par le cinéaste japonais Katsuyuki Hirano, Happiness Avenue célèbre une performance provocatrice qui cherche à secouer les limites morales des habitants de Shizouka. L’ennemi apparaît d’emblée sous la forme d’un groupe d’extrémistes de droite, qui réclame à grands cris la restitution des îles Kouriles annexées par l’URSS en 1945. Mais Hirano et sa troupe (Sion Sono inclus) peuvent également faire du bruit : portant des costumes criards, ils hurlent sur leur chemin, dansent dans les égouts et provoquent les citadins.

Happiness Avenue
Katsuyuki Hirano

Japon
1986
Super 8 numérisé
93’

On connait la nouvelle vague des années 60 avec les brûlots sexuels et politiques de Wakamatsu, Oshima et Imamura.  Plus confidentielle est la génération qui lui succéda et trouva dans le 8mm sonore les outils pour forger son indépendance, maîtrisant avec des moyens modestes l’intégralité de la chaîne cinématographique. Le mouvement, qui prit son essor dans les clubs d’universités et parfois même les lycées, fut nommé « L’école du super 8 ». L’engouement fut tel qu’un festival fut créé en 1977 : le PIA film festival qui reçut des centaines de films autoproduits. Dans les années 80, les cinéastes issus de l’école du Super 8 comme Sogo Ishii, Kiyoshi Kurosawa et Shinya Tsukamoto rejoignirent les départements B des studios, s’engouffrèrent dans le Direct to Video (ou V-Cinema) ou devinrent des sensations de festivals internationaux. La seconde vague qui émergea au milieu des années 80, en pleine bulle économique et frénésie de la consommation, était encore plus fauchée, chaotique et énervée. On a qualifiés de punks ces cinéastes qui souvent ne revendiquent rien d’autre qu’un nihilisme foutraque, semblent mépriser les règles cinématographiques les plus élémentaires. Ils poussent à bout l’esthétique de saturation du 8mm : image irradiée, surexposée ou sous exposée et son qui déchire les tympans jusqu’à l’inaudible. C’est au cœur de ce cinéma en fusion que Katsuyuki Hirano tourne en 1986 Happiness Avenue, son premier long métrage. Alors âgé de 22 ans, cet ami de Sono Sion (qui joue d’ailleurs dans le film), suit la traversée furieuse de Tokyo par un groupe d’activistes déjantés et travestis. Cette odyssée délirante passe par des quartiers pauvres à l’abandon, des friches industrielles et des canalisations d’égouts, métaphore ironique de marginaux se revendiquant comme des improductifs et des déchets de la société. Hirano s’inscrit dans la provocation bruyante de Sono Sion qui à la même époque, avec son groupe situationniste Tokyo Gagaga, investit la cité en braillant des slogans absurdes. Contre quoi se battent-ils au juste ? Un indice nous est donné au début du film avec les camions de l’extrême droite sur les toits desquels les militants éructent leurs éternelles rengaines, comme la restitution au Japon des îles Kuril par la Russie. Pas étonnant, avec un tel passé aux trousses, que nos héros courent à toute vitesse en hurlant. Après Happiness Avenue, Hirano ne rentra pas dans le rang. Il s’engage dans l’industrie de la vidéo pornographique, tout en réalisant des documentaires comme Bicycle trilogy (1997-1999), où il parcourt l’île d’Hokkaido en vélo dans des conditions climatiques extrêmes. L’un de ses derniers films, Kantoku shikkaku (2011) rend hommage à sa compagne Yumika Hayashi, célèbre actrice de cinéma érotique décédée en 2005.  Fictions déjantées en super 8, documentaires intimistes, vidéos pornographiques,  toutes les catégories se mêlent dans le cinéma écorché de Katsuyuki Hirano, figure indépendante jusqu’à la marginalité.

— Stéphane du Mesnildot