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Communautés

Focus #11

sam. 12 octobre 201912.10.19
19H00—21H00
5 rue des Ecoles
75005 Paris
Tarif
unique : 5€
Cartes UGC / MK2 et CIP acceptées

Programmé et présenté par Nicole Fernández Ferrer (Centre audiovisuel Simone de Beauvoir)

Trois films réalisés dans les années 1970-80 par quatre réalisatrices féministes bousculent les questions des sexualités, des mères célibataires, de la maternité non choisie, des communautés de vie entre femmes, des luttes pour les droits LGBTIQ+. Les titres des films sont sans équivoque et sont signés par des groupes comme Videa, par des militantes comme Claude Jourde ou des artistes engagées comme Vivian Ostrovsky.

Les enfants du gouvernement
Claude Jourde

France
1974
16 mm numérisé
39'

Manifestation contre la répression de l'homosexualité
Groupe Vidéa

France
1977
Vidéo numérisée
22'

Allers Venues
Vivian Ostrovsky

France
1984
16 mm
12'20

Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette. *

Dans le cadre de la thématique Femmes cinéastes, féministes, queer, nous parcourrons une décennie riche en vidéos et films féministes et lesbiennes avec trois films précieux issus des archives du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, archives uniques en leur genre dans tous les sens du terme.

Trois films réalisés dans les années 70-80 par quatre réalisatrices féministes bousculent les questions des sexualités, des communautés de vie entre femmes, des luttes pour les droits LGBTQ+. Les titres des films sont sans équivoque et sont signés par des groupes comme Videa, par des militantes comme Claude Jourde ou des artistes engagées comme Vivian Ostrovsky.

En 1974, la militante féministe Claude Jourde, après avoir alerté des féministes et notamment Delphine Seyrig, part caméra 16 mm au poing filmer les jeunes femmes dites « filles-mères » qui se battent pour leurs droits et contre leur isolement. Claude Jourde signe d’un titre très clair Les Enfants du gouvernement dénonçant par là même la mainmise du gouvernement français sur la maternité, les enfants et la sexualité de ces jeunes femmes.

Ces mères célibataires, qui n’ont pas choisi la maternité, sont expulsées de leur collèges et reléguées dans des maisons maternelles, coupées de leur scolarité, de leur ami.e.s, et de leur famille. L’État dit les « protéger » et les incite à donner en adoption à l’État leur futur enfant tout en les culpabilisant. Elles sont traitées comme des irresponsables. Aucune information sur la sexualité, l’accouchement et a fortiori l’avortement ne leur sont données. L’institution les prépare à être de bonnes épouses et ménagères avant tout, à ne pas revendiquer et à rester à leur place de femme soumise. Exit les cours de mathématiques et de français qui sont remplacées par des cours de couture, de ménage, de cuisine, d’entretien de la maison et d’hygiène du bébé.

En 1977 les militantes de Videa décident de filmer une marche organisée majoritairement par des lesbiennes contre la campagne anti lesbiennes et gays (les termes lesbophobe et homophobe n’ont pas encore fait leur apparition) menée par Anita Bryant aux États-Unis. Videa filmera la manifestation, tous ses slogans et banderoles très inventifs, revendicatifs contre la violence. Elles pratiqueront le « radiotrottoir » pour susciter les réactions et les avis de badauds qui voient défiler une masse conséquente de lesbiennes et gays dans les rues de Paris. Une véritable mini enquête sociologique sur les « Français et l’homosexualité » qui fait date. Certains Français.e.s demandant aux vidéastes qui les filment si tout cela ne serait pas un désordre de la nature, nature qui est invoquée régulièrement pour prouver que cela ne rentre décidément pas dans l’ordre des choses. Le groupe Videa signe cette vidéo d’un nom fantasque : « Le lézard du péril mauve et Ortie 14 », la marque d’une inventivité à toute épreuve.

Dans Allers Venues Vivian Ostrovsky produit un film excitant tous nos sens autour d’un groupe d’amies partageant temps, lieux de vie, amours, plaisir à être ensemble et goût pour la nature. Le dispositif jouissif explose dans les corps filmés en images saccadées ponctuées de musique euphorisante.

Les luttes et la créativité des féministes et des lesbiennes dans toutes les sphères de la société et le combat contre la stigmatisation des mères célibataires, contre la lesbophobie et pour la vie partagée entre femmes trouvent dans ses trois films une expression collective et politique. Ils rapportent les pratiques militantes nées de la volonté de changer la place assignée aux femmes et aux lesbiennes dans la société : les moments cruciaux que sont les luttes dans les lieux d’oppression, les manifestations de rue et les temps partagés pour affirmer son identité et tout simplement vivre en toute liberté.

Le rôle essentiel de la prise en main de la technique pour filmer, enregistrer et monter ses propres images et définir sa représentation. Ces trois titres se rejoignent pour faire émerger une vision hors du point de vue de l’hétéro patriarcat et du machisme. C’est l’affirmation que l’on prend toute sa place dans le monde en toute égalité.

Nicole Fernández Ferrer
(Centre audiovisuel Simone de Beauvoir)

*

Slogan des années 1970.

Le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir a été créé en 1982 par Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig et Ioana Wieder. Militantes féministes et impliquées dans la pratique vidéo, elles fixent comme objectifs la diffusion, la conservation, et l’enrichissement d’un fonds de documents majoritairement audiovisuels. Ces archives portent sur l’histoire des femmes, leurs luttes, leurs créations. Aujourd’hui, le Centre a aussi comme vocation l’éducation à l’image et la lutte contre les stéréotypes sexués dans l’audiovisuel.