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Pierre Bressan : trajectoire

Focus #1

mer. 6 octobre 202106.10.21
19H00—21H00
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
Tarif
Tarif plein : 6 €
Tarif réduit : 4 €
Gratuit pour les détenteurs du Laissez-passer du Centre Pompidou

Programmé et présenté par Théo Deliyannis et Judit Naranjo Ribó

Cette séance retracera la trajectoire fulgurante de Pierre Bressan, cinéaste nancéen injustement oublié, dont le dernier film a été primé au festival de Clermont Ferrand, ex-aequo avec le premier film de Leos Carax. Par ailleurs programmateur au mythique FUFU (Festival Underground du Film Universitaire), Pierre Bressan a conçu une œuvre particulièrement cohérente entre 1976 et 1985, composée d’une dizaine de films. Son travail, bien que témoignant d’une extrême singularité apparaît à la croisée de plusieurs mouvances du cinéma expérimental ou non : le cinéma du corps, le cinéma baroque, et un goût certain pour les costumes et ambiances héritées des films de la Hammer. Ces films ont été récemment redécouverts, après avoir été soigneusement conservés dans la cave de la sœur du cinéaste pendant plus de trente ans.

Les Lamentations
Pierre Bressan

France
1977
16mm
12'

Frauenzimmer
Pierre Bressan

France
1978
16mm
17'

Usual Gesture Drama
Pierre Bressan et Alain Krepper

France
1979
16mm
6'

Maria Guadalupe Villalobos
Pierre Bressan

France
1979
16mm
6'

La Dame aux Camélias
Pierre Bressan

France
1980
16mm
30'

Midas
Pierre Bressan

France
1976
16mm numérisé
5'

Pierre Bressan, né en 1956, décédé en 2011. Cinéaste originaire de Nancy, à la carrière courte mais intense. 1976-1985, un long métrage de commande, deux moyens, six courts métrages, et une performance de cinéma élargi. Parallèlement, il est programmateur cinéma au FUFU (Festival Universitaire du Film Underground) à Nancy. Comme les rencontres de Rennes, de Toulouse, Cinémarge à La Rochelle, la section Cinéma Différent du festival d’Hyères, ces festivals nous rappellent que l’expérimental se faisait aussi, et surtout, en dehors de la capitale.

Personnage très discret, dandy sombre, Pierre Bressan construit, au fil de ses films, un univers extrêmement cohérent, très noir, gothique même, où il laisse libre cours à son goût pour les poses stoïques, schroeteriennes, les pièces vides et étrangement éclairées, les costumes noirs, un temps en suspens, sous-exposé, et des lumières nancéennes. Bien que son œuvre soit très singulière, on pourrait la rapprocher d’autres films de l’époque, que ce soit des adaptations de Poe par Roger Corman, des films de ladite École du corps, ou encore du cinéma de la pose : Philippe Garrel, Yvan Lagrange, Denis Develoux ou encore Patrice Énard.

Notre programmation, nous l’avons voulue chronologique, car les films de Pierre Bressan s’accommodent bien de cet ordre : son univers se peuple petit à petit, se perfectionne, des détails surgissent. Nous irons jusqu’à La Dame aux Camélias, première incursion réellement fictionnelle, réalisé après avoir soutenu un mémoire en littérature sur Alexandre Dumas fils. Ensuite, il réalisera Nuits Blanches, qui ne sera pas projeté lors de cette séance, un étrange polar expérimental se déroulant à Nancy, dans des teintes jaunes, dont la maîtrise technique nous donne parfois l’illusion d’une face B d’un film hollywoodien, et qui a été primé à Clermont-Ferrand ex-aequo avec le premier film de Leos Carax.

Après ces films, Pierre Bressan travaille encore dans le cinéma, en faisant l’image sur certains courts métrages, dont le premier film de Laetitia Masson, produit par le GREC, où l’on retrouve aisément la patte de Bressan. Puis, il disparaît : de Nancy en premier, puis du milieu du cinéma expérimental. Ses films s’éclipsent avec lui, bien emmitouflés, au sec dans une cave. À sa mort, en 2011, sa sœur récupère les copies qui, fait notable pour un cinéaste expérimental, sont parfaitement rangées et annotées.

Pourquoi a-t-il aussi soudainement arrêté de faire des films, difficile à savoir. Une hypothèse tout de même : Pierre Bressan est un de ces rares cinéastes romantiques pour qui filmer représente tout, et pour qui chaque tournage est éprouvant car il demande un investissement total, proche de la folie. Bien à rebours de cinéastes qui filment à la demande, ou parce que les sous sont là, il est de celles et ceux qui ne filment que lorsque le désir est intense, brûlant. Et ce feu-là dure rarement longtemps : il y a alors le besoin d’arrêter, de prendre du repos, de retirer ses films de la circulation, pour un temps du moins. Dix ans après son décès, il est temps de leur redonner vie.

— Théo Deliyannis

 

Depuis quelques temps, nous menons un rigoureux travail archéologique au Collectif Jeune Cinéma, celui de rechercher, retrouver, remettre en état puis projeter des films ayant autrefois appartenu à notre catalogue mais qui, pour diverses raisons, ont été retirés de la circulation pour atterrir le plus souvent dans les caves d’ayants-droit. La découverte d’une filmographie entière totalement évaporée des histoires du cinéma expérimental est un moment rare, et, pour notre ciné- philie, un véritable cadeau.

Il y a quelques mois, Théo me dit en arrivant au bureau1 qu’il a réussi à retrouver la sœur de Pierre Bressan. Bressan : Les lamentations, mention du Jury au festival d’Hyères 1977 ; ce cinéaste oublié dont les films invisibles nous intriguent depuis un temps. Théo en retrouve la piste grâce à Alain Lithaud, compositeur de musique électroacoustique et auteur d’une bonne partie de la musique des films de Pierre Bressan.

Quelques jours plus tard, Théo et la sœur du cinéaste se donnent rendez-vous chez elle et elle nous confie les copies des films afin de les remettre en état, les numériser, puis les distribuer. Les films ont tous été soigneusement rangés et conservés, des originaux images (inversible Ektachrome pour la quasi-totalité des films) aux copies de diffusion avec piste son magnétique couchée.

Du 6 au 8 avril 2021, nous numérisons et découvrons toute l’œuvre de Pierre Bressan au Polygone Étoilé. Dans ce lieu de cinéma établi à Marseille, on y accueille des cinéastes en résidence (montage argentique et numérique, post-production), des ateliers y sont organisés, un important travail éditorial a lieu2, et on y fête le cinéma lors d’une Semaine Asymétrique de projections publiques.

Le Polygone s’est récemment équipé d’un scan pour permettre des gestes de valorisation et conservation comme le nôtre : une numérisation hors laboratoire, associative, qui puisse rester accessible financièrement. C’est grâce à ça que certaines œuvres qui restent en marge des institutions, et d’une histoire du cinéma, peuvent retrouver une place dans le circuit de programmation, recherche et diffusion.

Une fois sur place, sans projeter les films auparavant, nous décidons de les numériser de façon chronologique et pouvons assister à l’évolution technique et plastique de l’œuvre de Pierre Bressan. Dès que les premières images argentiques appa- raissent sur l’écran numérique, notre intuition se confirme, celle de la révélation d’un grand cinéaste oublié, qu’il est maintenant temps de redécouvrir.

— Judit Naranjo Ribó

1

Théo Deliyannis et moi-même sommes les deux seuls salarié.e.s de l'association actuellement. Nous épaulent parfois des stagiaires et services civiques.

2

Je réfère à la collection Cinéma Hors Capital(e) aux éditions communes, ouvrages accompagnés d'un DVD.