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La plupart des films ne méritent que d’être démembrés pour composer d’autres œuvres

Focus #3

sam. 9 octobre 202109.10.21
18H00—19H00
15 rue Marcel Carné
93300 Aubervilliers
Tarif
Tarif : 6€
Tarif réduit : 5€
Tarif 15-25 et étudiant : 4€
Cartes UGC acceptées

Programmé par Gloria Morano

Réappropriation, ré-emploi, détournement : par des esthétiques et avec des intentions très diverses, le found footage permet de rendre de nouveau visibles des images, les analyser ou les critiquer, ou bien recréer du sens à contrecoup de la volonté initiale. Un petit parcours non exhaustif de films de found footage du catalogue du Collectif Jeune Cinéma qui tend à rendre compte des différentes approches des cinéastes expérimentaux.ales vis-à-vis de cette pratique.

La plupart des films ne méritent que d'être démembrés pour composer d'autres œuvres

K (Rêves Berbères)
Frédérique Devaux

France
2007
16mm
8'30

La femme n'est plus ce qu'elle était
Hélène Richol

France
1978
16mm
7'

Fragments untitled #1
Doplgenger

Serbie
2012
Numérique
6'50

Self Improvement
Clint Enns

Canada
2010
Numérique
2'40

La Recherche de la vérité par la critique de textes et de documents
Fabien Rennet

France
2009
Numérique
5'10

Mickey fait du catch
Olivier Fouchard

France
2000
16mm
2'15

Attention spoiler
Yves-Marie Mahé

France
2017
Numérique
4'20

You can’t keep a good snake down
Masha Godovannaya & Moira Tierney

Irlande
2000
16mm
4'

Collage d’Hollywood
Richard Kerr

Canada
2003
35mm numérisé
8'

The Action
David Matarasso

France
2012
16mm
3'30

Buck Fever
Neozoon

Allemagne/France
2012
Numérique
5'50

Une Œuvre
Maurice Lemaître

France
1968
16mm
15'

La plupart des films ne méritent que d'être démembrés pour composer d'autres œuvres

Le found footage constitue une des démarches expérimentales les plus connues et reconnues. Réappropriation, ré-emploi, détournement : à travers des esthétiques et avec des intentions très diverses, le found footage permet de rendre à nouveau visibles des images, les analyser ou les critiquer, ou bien recréer du sens à contrecoup de la volonté initiale.

Ce programme est un petit parcours absolument incomplet et insuffisant de films de found footage du catalogue du Collectif Jeune Cinéma. Il tend à rendre compte des différentes approches chronologiques et géographiques des cinéastes expérimentaux.ales vis-à-vis du found footage.

Des années avant que Debord et Wolmann ne théorisent le ré-emploi dans leur Manuel du détournement, les lettristes lançaient leur manifeste du cinéma discrépant en 1951 : la disjonction de la bande-image et de la bande-son était, selon eux, une nouvelle arme cinématographique pour s’éloigner du « pompiérisme académique que sont Hollywood, l’URSS ou l’Italie ». Des montages-hommages existaient déjà (depuis le Rose Hobart de Joseph Cornell en 1936) mais les lettristes, à travers ce manifeste, appelaient à considérer l’image et le son comme une matière première dont le contenu initial importait peu et dont le montage, dans cette nouvelle grammaire, en révèlerait les beautés cachées par de nouveaux rapprochements sémantiques. C’est ainsi qu’en 1968, Maurice Lemaître, seconde moitié du pape bicéphale lettriste Isou-Lemaître, « réalise » Une Œuvre ou La Poubelle du Labo, collage de morceaux de pellicule trouvés dans les poubelles d’un laboratoire. Dix ans après Lemaître, Hélène Richol intégrait la critique féministe à la démarche lettriste avec La femme n’est plus ce qu’elle était.

Dans ce programme, on saute intentionnellement des années 70 aux années 2000 où Olivier Fouchard reprend la démarche lettriste de ready-made avec Mickey fait du catch, et Devaux, avec K (Rêves Berbères), travaille l’esthétique de la mosaïque à travers le découpage de photogrammes et l’exploration de la couleur et des signes, dans une recherche intime et profondément humaniste autour des chimères de la migration pour les populations berbères.

Dans la continuité du travail de Frédérique Devaux, David Matarasso découpe et recolle des morceaux de films d’action et de films pornographiques en 35 mm dans The Action. Un questionnement sur le cinéma de genre que l’on retrouve également dans You can’t keep a good snake down de Masha Godovannaya et Moira Tierney.

En grande partie grâce aux découvertes de cinéastes faites lors des compétitions internationales du festival, le catalogue du CJC s’est enrichi dans les années 2000 de films européens et nord-américains dans lesquels le found footage devient le vecteur d’une charge critique plus ou moins prononcée : héritier de la dimension élégiaque de Joseph Cornell, le ré-emploi américain est généralement un hommage au médium filmique (Richard Kerr) ou à la vidéo vintage (Clint Enns) tandis que le found footage européen se focalise sur la critique historique (Doplegenger), militante (Neozoon) et/ou anarchiste (Collectif Négatif avec les films d’Yves-Marie Mahé et de Fabien Rennet dans ce programme).

Aujourd’hui, la pratique du found footage est plus vivace et démocratisée que jamais : le mashup, sa forme plus légère, protéiforme et moins politisée (memes, AMV, incrustations et montages LOL) appréhende la notion de propriété intellectuelle avec la même innocence qu’à l’époque : les « claims » des ayant-droits ne peuvent empêcher leur diffusion sur les réseaux sociaux et une nouvelle génération qui n’a jamais entendu parler de Debord ou d’Isou crée et partage des détournements situationnistes sans le savoir. D’où l’intérêt de (re)découvrir les films de ce programme.