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Soirée d’ouverture

Focus #10

mer. 13 octobre 202113.10.21
19H00—22H00
5 rue des Ecoles
75005 Paris
Tarif
Tarif unique : 5€
Cartes UGC/MK2 et CIP acceptées

Soirée d'ouverture en deux parties

1ère partie : Pionnier.e.s du CJC

Programmé et présenté par Raphaël Bassan et Anielle Weinberger

Les films des fondateurs du CJC, Marcel Mazé, Noël Burch, Raphaël Bassan, Yves-André Delubac, Luc Moullet, côtoient ceux de personnalités qui se sont investies dans sa création comme Marguerite Duras. Ceux qui ont accompagné de leurs écrits son développement, notamment Dominique Noguez, ou bien qui sont toujours présent.e.s aujourd’hui, ainsi Anielle Weinberger. L’enjeu de leurs films se situait dans une tradition française post-Nouvelle Vague qui visait à essayer de (dé)construire un « film autrement », oscillant entre l’autobiographie, la fiction, la mémoire et la mise à l’épreuve du cinéma.

Noviciat
Noël Burch

France
1964
16mm
19’

Jemina, fille des montagnes
Anielle Weinberger

France
1971
16mm numérisé
10’

Focalises
Marcel Mazé

France
1980
16mm
8’

Le chant des signes
Yves-André Delubac

France
1972
16mm numérisé
17’

Le litre de lait
Luc Moullet

France
2006
Numérique
14’

Una vita
Dominique Noguez

France
1981
16mm
4’40

Prétextes
Raphaël Bassan

France
1971
16mm numérisé
13’

Césarée
Marguerite Duras

France
1979
35mm
11’

2ème partie : Film agricole × Bracco

Sorti du fin fond des archives du CJC, Champs, un film agricole jamais projeté, réalisé par un artiste nommé Alexandre, disparu dans les années 1980. Discrètement, le film s’inscrit dans la lignée des études sur le temps et le paysage qui jalonnent l’histoire du cinéma expérimental. Il sera projeté sur 4 écrans simultanément, en 16 mm, et sera mis en musique par le groupe Bracco, qui proposera une improvisation agricole inédite.

Champs — Peintures Dévoluy
Alexandre

France
1979
16mm
30'

Projection quadruple écrans 16 mm - Mis en musique par Bracco

Première partie : Pionnier.e.s du CJC

Les films des fondateurs du Collectif Jeune Cinéma, Marcel Mazé, Noël Burch, Raphaël Bassan, Yves-André Delubac, Luc Moullet, côtoient ceux de personnalités qui se sont investies dans la création du CJC comme Marguerite Duras. Ceux qui ont accompagné de leurs écrits son développement, notamment Dominique Noguez, ou bien qui sont toujours présents aujourd’hui, ainsi Anielle Weinberger qui a retrouvé une copie du Chant des signes d’Yves-André Delubac. L’enjeu de leurs films se situait dans une tradition française post-Nouvelle Vague qui visait à essayer de (dé) construire un « film autrement », oscillant entre l’autobiographie, la fiction et la mise à l’épreuve du cinéma. Même si tous les films n’ont pas été conçus lors de la naissance du CJC, ils portent, en eux, quelque chose de ce qui caractérisait le cinéma indépendant d’alors : comment concevoir un film autrement, par sa durée, par la forme du récit, du montage, par la puissance ou l’absence de la parole.

Deux grands axes s’entrecroisent : celui qui a maille à partir avec la mémoire, toutes les mémoires (Le Litre de lait, Luc Moullet), Una Vita (Dominique Noguez) et Césarée (Marguerite Duras). La mémoire convoquée est personnelle, liée au cinéaste, ainsi chez Moullet et Noguez, même si le premier utilise, comme à son habitude, une fiction décalée et pince-sans-rire et le second un montage de photos de lui courant de l’enfance à la maturité. Mais Moullet évoque aussi sa jeunesse, à travers une aventure qui l’a perturbé et qu’il a tenue secrète jusqu’à la mort de sa mère : comment son alter ego adolescent se rendra-t-il, dans la fiction, chez la commerçante dont le mari fricotait avec sa maman ? Quant à Duras, elle déploie une mise en abyme de la mémoire historique : celle des statues de la fin des années 70, filmées à Paris, certaines en rénovation, dont les images font écho à la voix off de la cinéaste évoquant le souvenir de Bérénice, la reine des Juifs, chassée jadis par Titus. Et la mémoire d’un Paris 1979, déjà une archive en soi.

L’autre grand axe, particulièrement prégnant à l’époque, visait à dire, à décrire, à démonter ou remonter les mécanismes de la création cinématographique. Raphaël Bassan évoque une journée de tournage, les essais peuvent être pris pour une fiction minimale. L’actrice qui se maquille longuement : fiction ou prêt-à-tourner ? (Prétextes). Marcel Mazé, contrairement aux autres cinéastes, met en évidence un seul paramètre : le questionnement de la profondeur de champ par le moyen de la technique de la mise au point de l’objectif. De ses personnages en quête de mise au point, le spectateur ne manque pas d’y chercher le livre de Woody Allen lu par une des actantes (Focalises).

Le film le plus radical dans cette catégorie est Le Chant des signes d’Yves-André Delubac — spécialement restauré pour cette séance — qui fait surgir, de la parole même, mais avec difficulté et après de longs plans noirs, une image qui réapparait et se démultiplie. Ce court métrage qui utilise au maximum l’écran noir pourrait passer pour un film expérimental, mais ne l’est pas au sens qu’on lui donne. C’est un « travail théorique et rhétorique » sur le difficile accouchement d’une image qui s’extrait du noir. Rien à voir avec Kubelka ou Frampton. C’est un film directement issu de ce qu’on pouvait lire dans Cinéthique ou les Cahiers de l’époque. Cette apparition de l’image est comme une césarienne issue du texte.

Dans Jemina, fille des montagnes, Anielle Weinberger donne à voir le cinéma comme une grande illusion : du cliché littéraire de F. Scott Fitzgerald à l’illusoire féminité de la femme-star hollywoodienne. Alternant le noir et blanc et la couleur, se jouant de la bande son et des images ou truquant par un tour de passe-passe les travellings par des panoramiques bluffants. Une dé-construction/reconstruction ludique.

Si les films de Duras, Delubac, Moullet et Weinberger sont des films dans lesquels la parole (celle de l’artiste en voix-off) est prépondérante et crée le sens, les films de Bassan, Noguez, Mazé sont dénués de paroles, mais sont conçus « musicalement », celui de Mazé est même muet. Noviciat de Noël Burch est un film parlant (comme celui de Moullet quoique très différent), le plus ancien et le plus sophistiqué de cette séance. C’est un conte SM qui est également un film d’apprentissage dont l’anti-héros — André S. Labarthe — est un homme du regard, futur responsable de la série « Cinéastes de notre temps ».

— Raphaël Bassan et Annielle Weinberger

Deuxième partie : Film agricole × Bracco

Aux côtés des pionniers et pionnières du Collectif Jeune Cinéma, il y a un tout autre genre de membres : celles et ceux qui ne se sont pas nécessairement impliqués dans la structure, qui n’ont déposé qu’un film, et dont nous n’avons plus jamais entendu parler. Pourtant, leurs films restent.

Débarrassés des lourdeurs administratives qui nous obligeraient à garder secret un film dont l’ayant-droit a disparu, le Collectif Jeune Cinéma tient à garder en vie ces œuvres d’apparence orpheline et retrouve parfois, par le biais de séances publiques annoncées sur internet, les parents de ces pellicules abandonnées quarante ou cinquante ans auparavant. Nous apportons autant de soin à ces films qu’à ceux de cinéastes canonisés.e.s.

C’est donc tout logiquement que, pour l’ouverture du festival, nous fassions côtoyer des figures reconnues du cinéma expérimental avec celle d’un film quasi anonyme, présent dans nos archives depuis de nombreuses années, jamais montré publiquement, et signé par un artiste nommé Alexandre. Le film a été réalisé avec sa compagne de l’époque, Jacqueline Duperrex, sur leur lieu de vie dans les Hauts-Alpes, en face de la montagne du Dévoluy. Demeure une seule inscription sur la boîte : « Prendre le temps de voir ce film en entier ! Film agricole… et contemplatif ! ». Le film, s’inspirant des traités de peinture chinois, nous met face à un champ et à une montagne en arrière plan, toujours du même point de vue, à divers moments de la journée, parsemé de diverses apparitions nous évoquant les variations narratives d’un Michael Snow.

Si à l’époque, certains cinéastes, français notamment, aimaient jouer avec l’étirement du temps par boutade, l’ambition de ce film est ailleurs et résolument plus sérieuse, ne serait-ce que par sa longueur et par la rigueur de sa réalisation. Il s’agit là d’un rigoureux travail sur l’étirement. Il s’agit peut-être d’un cousin éloigné d’Andy Warhol ou de James Benning, ou encore de Michael Snow, dans sa façon de faire intervenir des variations narratives au sein du plan fixe.

Fait notable, le film n’a jamais été projeté publiquement et ni Alexandre. ni Jacqueline Duperrex n’étaient en lien avec la scène du cinéma expérimental. Pourtant, le film a été envoyé au CJC qui, suivant les préceptes des coops, a accepté le film sans aucuns préjugés et en a pris autant soin que des autres films du catalogue, ce qui nous permet aujourd’hui de (re) découvrir le film.
Pour cette redécouverte, nous proposons de projeter le film de manière inédite : le quatre bobines du film, d’une durée de 30 minutes chacune, seront projetées simultanément. Le film sera mis en musique par le groupe parisien Bracco, qui habituellement… pratique une musique aux accents punk électronique plutôt urbaine, et qui pour notre ouverture proposera une improvisation agricole inédite.

— Théo Deliyannis

Bracco - Soucieux de se glisser partout où l’on peut trouver une scène, un dancefloor, Bracco destine ses morceaux à ceux qui ont choisi de ne pas choisir, ceux pour qui punk et techno charrient la même pulsion hédoniste, et qui s’adonnent à leur vice sans un regard pour les vieilles chapelles et les parangons. Premier album Grave sorti en 2019. Actuellement en résidence à La Station, ils préparent leur second album prévu pour 2022.